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jeudi 29 août 2013

A mourir de peur

L'inspecteur Roussel n'arrivait plus à supporter cette enquête. Plusieurs semaines d'une traque impossible et toujours aucun indice permettant d'identifier le coupable. Lorsque le premier appel était arrivé, il avait d'abord cru à un vulgaire accident. Un homme qui se retrouve enfermé dans une cave sombre et inutilisée depuis de nombreuses années ça peut arriver. Si l'homme en question est arachnophobe et que la cave est remplie de ces charmantes petites bêtes on peut imaginer la terreur qui a déclenchée la crise cardiaque fatale. Un banal concours de circonstances comme on dit. Malheureusement cette affaire n'était que le début d'une suite de morts inexpliquées et inexplicables dans lesquelles il ne trouvait plus ses petits. Le suivant sur la liste ressemblait lui aussi à un vulgaire accident. La femme qui avait trouvé la mort dans un ascenseur en panne alors qu'elle était claustrophobe ça n'avait aucune raison d'arriver sur son bureau. Ce qui avait mis la puce à l'oreille de sa hiérarchie était qu'il n'y avait strictement aucune trace ou empreinte sur les boutons de l'ascenseur ce qui dans un immeuble de bureau est on ne peut plus suspect. De plus la jeune femme avait fréquenté le même établissement que l'homme de la cave. C'était suffisant pour diligenter une enquête un peu plus approfondie. De plus les deux "accidents" n'étaient séparés que d'une semaine jour pour jour. Et presque heure pour heure quant à la découverte des cadavres.

Roussel se frotta les yeux. Le scintillement de son écran d'ordinateur le gênait. Dans son bureau aux stores fermés il essayait de trouver un lien entre toutes les affaires qui commençaient à s'empiler dangereusement. Depuis plusieurs jours il n'arrivait plus à trouver le sommeil. Il lui fallait découvrir le lien, coûte que coûte. Mais même le café commençait à ne plus faire effet face à son état de fatigue. Attrapant une de ses agaçantes balles antistress, il commença à la triturer en tentant de faire le point une fois encore.

Le troisième mort était déjà un peu plus curieux. L'homme avait été attaché avec des cordes, allongé dans une chambre froide. Le meurtrier avait coupé le thermostat et avait déversé des litres de sang tout autour de la victime. Roussel avait découvert ce jour-là l'hématophobie ou peur du sang. Il n'avait jamais imaginé qu'on puisse mourir simplement d'une crise aigüe à cause de quelques litres de sang. Mais il semblait que celui qui était derrière tout ça savait très bien ce qu'il faisait. Même mieux, il avait choisi ses victimes spécifiquement en sachant qu'elles pouvaient mourir de ces crises de phobie. Ce qui signifiait que la personne derrière tout ça devait les avoir connu lors de leurs séjours médicaux par exemple. Mais après avoir croisé et recroisé toutes les listes du personnel et fait des enquêtes minutieuses, il n'avait toujours pas trouvé la moindre preuve venant étayer ses réflexions. D'autant plus que les rares membres du personnel qui étaient communs avaient de très sérieux alibis pour la plupart des meurtres. Bien entendu il avait fouillé aussi la vie personnelle des trois victimes, mais rien ne pouvait les relier. Et l'affaire prenait de telles proportions à ce moment-là que ses supérieurs lui demandèrent de mettre les bouchées doubles pour essayer de la résoudre.

Lorsqu'arriva la description de la mise en scène du quatrième meurtre il se rendit compte qu'il avait affaire à ce que les médias nommaient un tueur en série. Trop de similitudes, et pourtant encore une fois une scène qu'on ne pouvait imaginer à moins d'avoir un esprit tordu… La femme avait été trouvée ligotée dans un studio d'enregistrement. Un casque hors de prix sur les oreilles passant en boucle des bruits de tonnerre. Ses yeux avaient été bandés avec une lanière de tissus épaisse de manière à ce qu'elle n'ait aucun repère visuel. Son cœur là encore avait probablement lâché après une crise violente à en croire les meurtrissures que les liens avaient faits sur sa peau. Ce jour-là il avait découvert une nouvelle phobie qu'il ne connaissait pas. La brontophobie. Comment pouvait-on avoir à ce point peur du simple bruit du tonnerre? A mesure que les cadavres s'empilaient sur son bureau son incompréhension allait grandissante. Qu'est ce qui pouvait un jour décider un homme à tuer ses victimes en poussant celles-ci dans les limites de leurs peurs.

Roussel sursauta. Il devait s'être assoupi un instant quand le téléphone vint le cueillir. Ces derniers jours le téléphone n'était pas l'objet qu'il appréciait le plus. Chaque fois qu'il sonnait c'était pour lui annoncer une nouvelle victime ou pour se faire remonter les bretelles. Dans tous les cas rien qui ne le remplissait de joie. Décrochant en soupirant il lâcha un allo des plus désabusé. Son attention revint instantanément lorsqu'on lui répondit. Claquant le combiné, il se leva d'un bond en attrapant sa veste et son revolver. Peut-être que le tournant de toute l'affaire venait enfin d'arriver. Passant la tête sans frapper dans le bureau de son collègue il le héla pour qu'il le suive sans plus attendre et s'engouffra dans le couloir du commissariat en direction de l'escalier principal. Arrivé à l'étage inférieur il entendit les ahanements rauques de son partenaire se rapprocher. Sans se retourner il lui fit part des dernières informations qu'on venait de lui communiquer. L'inspecteur Meluen s'arrêta dans sa cavalcade comme frappé de stupeur. Puis reprenant sa course il se mit à hauteur de Roussel sans arriver à parler.

Installé au volant de leur voiture Roussel reprit avec son acolyte les détails des différentes affaires. Meluen qui avait pris en cours de route se souvenait avec précision de la cinquième victime. Un homme qu'ils avaient retrouvé pendu à une sorte de palan au-dessus d'une piscine. Un moteur actionnait la corde et plongeait le corps régulièrement dans l'eau avant de le ressortir quelques instants après. Sa peur de l'eau avait eu raison de son cœur à l'instar des autres victimes. Tout comme celui retrouvé dans un vivarium rempli d'iguane et de reptiles non venimeux. Mais d'après les informations qu'il venait d'avoir, ils avaient surtout manqués certains détails sur les scènes de crime. Concernant les premiers ça n'était pas si étonnant vu que tout portait à croire à des accidents malencontreux. Par contre il commençait à pester contre les équipes qui avaient ratissées les scènes suivantes.

Une fois sur place Roussel sorti précipitamment de la voiture pour rentrer dans l'entrepôt. Une équipe était en train de passer au peigne fin la chambre froide de la troisième victime et l'un des hommes en combinaison intégrale s'approcha de lui pour le stopper. Il lui tendit la pochette plastique contenant le morceau de papier déchiré. Roussel le tendit en hauteur pour que l'ampoule qui pendait à un fil électrique au-dessus de lui l'éclaire par transparence. Il découvrit alors ce qu'on lui avait indiqué au téléphone. Le morceau de papier loin d'être un reste d'emballage comme il avait semblé de prime abord ressemblait plutôt à une affiche qui aurait perdu toute sa couleur à force de rester au soleil. Mais on pouvait encore presque lire quelques caractères imprimés. Meluen arrivé près de lui retira ses lunettes et tenta de lire les petites lettres.

- On dirait une affiche de cirque, ou de spectacle, enfin quelque chose avec un horaire dessus.

- En effet, mais ça semble particulièrement vieux. Par contre voilà un indice de choix. Il faut refaire examiner tous les lieux où les victimes ont pu être découvertes. Et vite, demain nous aurons probablement sur les bras un nouveau corps…

Roussel et Meluen retournèrent au commissariat confier le morceau de papier au service qui pourrait leur en apprendre un peu plus. Meluen s'installa sur l'angle du bureau de Roussel pendant que celui-ci faisait déplacer des équipes sur les autres lieux. Feuilletant les dossiers il survolait les informations qu'il avait déjà lu maintes fois espérant qu'un détail lui sauterait aux yeux. Malheureusement rien ne semblait vraiment pouvoir relier tous les meurtres entre eux sauf le mode opératoire et la mort toujours provoquées par une panique telle que le cœur des victimes avait cessé de battre. Retirant ses lunettes pour les essuyer Meluen afficha son manque de nouvelles idées d'un mouvement d'épaule et retourna dans son bureau. Roussel ferma les yeux quelques instants priant pour que le lendemain ne vienne pas ajouter un nouveau cas et pour que les fouilles des scènes de crime révèlent enfin des indices précieux.

Après avoir pris une bonne nuit de sommeil, Roussel arriva très tôt à son bureau. Sur son téléphone le voyant indiquant les messages clignotait de manière hiératique. Posant sa veste sur la patère à l'entrée il appuya sur le bouton avant même d'avoir retiré son arme de service de sa ceinture. Les messages s'enchainaient indiquant que des pièces supplémentaires du puzzle de papier avaient été trouvées sur chacun des lieux où les victimes étaient mortes. Maudissant le travail des équipes scientifique il descendit au labo voir si quelque chose était sortie durant la nuit. Regardant dans l'entrebâillement de la porte du bureau de Meluen il vit que celui-ci n'était pas encore arrivé et se dirigea seul vers l'ascenseur qui menait dans les profondeurs souterraines du bâtiment. Il n'entendit pas le dernier message de son répondeur qui lui demandait de se rendre en urgence sur les lieux d'une nouvelle victime du tueur.

Alors qu'il pénétrait le sas d'accès du laboratoire il remarqua l'un des assistants couché sur une banquette, épuisé. Saisissant le code d'accès il se rendit directement vers le bureau du responsable qui leva les yeux de son écran lorsqu'il toqua à la porte.

- Entre donc Roussel, j'ai des nouvelles pour toi. Toute mon équipe a fait une nuit blanche pour reconstituer le puzzle de tes petits papiers et je crois qu'on tient quelque chose.

Contournant le bureau pour s'installer derrière lui Roussel fixa l'écran.

- Voilà ce qu'on a pu faire.

A l'écran 6 petites formes déchirées avaient pris place pour former une sorte d'invitation à une attraction de fête foraine. Roussel regarda les couleurs passées que l'équipe avait tenté de faire réapparaitre ainsi que les mots qui se dessinaient.

- On dirait une sorte de publicité tu ne crois pas?

- Oui en effet c'est ce que nous avons cru déceler. Mais ce qui est étrange et le papier l'atteste, c'est que ton invitation est pour une séance ayant eu lieu il y a près de 40 ans au moins.

- 40 ans? Mais qu'est-ce que ça peut bien avoir à faire avec les meurtres?

- Ça c'est à toi de le découvrir j'en ai bien peur. Pour ma part mon rôle s'arrête à ça finit-il par dire en tendant l'impression agrandie du puzzle reconstitué à Roussel.

Regardant le document il pouvait désormais lire précisément le lieu et la date de l'invitation.

"Le grand Magicien Tardyss maitre de l'horreur vous invite à une expérience unique. Une expérience dont vous ne ressortirez pas indemne. Préparez-vous à mourir de peur!"

Suivait le lieu et la date du spectacle. Roussel se demandait pourquoi tout ceci lui semblait terriblement familier. Aussi se dirigea-t-il vers son bureau le papier encore sous les yeux. Arrivé à son étage il faillit percuter Meluen qui semblait affolé. Celui-ci lui fit part du message à propos d'un nouveau corps. Roussel soupira lourdement, il tendit le papier à Meluen lui montrant les trous qui semblaient encore présents. L'adresse s'avérait incomplète malheureuselent. Attrapant sa veste il s'élança en direction des escaliers pour rejoindre la voiture Meluen sur ses talons.

Arrivés sur place rien ne distinguait la petite maison au mur blanc de ses voisines dans le quartier résidentiel où elle se situait. Seul un cordon de police et les véhicules des forces de l'ordre présent autour du lieu et sur le chemin menant à la maison dénotaient. Roussel tendit sa carte à un policier de faction et passant sous le cordon se dirigea vers la maison où déjà les flashs crépitaient et où certains policiers en combinaison blanche prenaient des empreintes et relevaient des indices.

S'arrêtant à sa vue, un homme s'approcha de lui rapidement pour l'informer de ce qu'il devait s'attendre à voir. Levant un sourcil d'étonnement, il se tourna vers Meluen qui dans un geste d'impuissance sembla lui signifier qu'il ne comprenait pas non plus. Passant la porte d'entrée il découvrit la scène. Les rideaux étaient tirés, et une femme entravée se trouvait sur une croix de Saint André dans le salon. Les deux lourdes planches de bois appuyées contre une cheminée massive, elle était dévêtue et d'où elle se situait elle pouvait embrasser toute la pièce. Devant elle et tout autour des silhouettes monstrueuses allaient et venaient sur des rails et dans un assemblage complexe de mécanismes. L'homme venait de lui apprendre qu'on nommait la peur des monstres tératophobie et que c'était vraisemblablement la cause de la mort de cette femme. Observant le passage des monstres il remarqua que certains possédaient des sortes de petites baguettes attachées. L'une d'elle appuyait régulièrement sur la lumière du salon, éteignant et allumant la scène tandis que d'autres frottaient le corps nu de la jeune femme. Dans le noir il remarqua que certains monstres se mettaient à briller et que leurs formes devenaient encore plus monstrueuses et terrifiantes. Il se prit même à suffoquer légèrement à la vue d'une sorte de clown grotesque aux dents improbablement longues et acérées. Voilà que sa propre peur venait à se mêler à l'enquête. Observant du coin de l'œil Meluen il vérifia qu'il n'avait pas remarqué son brusque accès de tension et se retourna vers la porte d'entrée bien décidé à laisser croire qu'il en avait assez vu.

L'homme qu'il avait croisé en arrivant tenait dans ses mains un petit bout de papier sous pochette plastique que Roussel enfourna dans sa poche précipitamment avant de retourner au poste. Sans perdre un instant il confia le tout à l'équipe du laboratoire et s'installa un café fumant dans les mains sur la banquette où l'un des scientifiques dormait quelques heures plus tôt. Le responsable vint lui tendre une nouvelle impression encore plus grande de la publicité avec le morceau de l'adresse manquant. Prit d'un subit regain de mémoire il retourna dans son bureau et ouvrit le dossier auquel il pensait.

Tous les détails étaient là. Tout sauf la raison de ce macabre jeu de piste. Voilà 40 ans tout juste un homme avait trouvé la mort dans une attraction foraine à l'adresse exacte de l'invitation. L'enquête avait conclu à un arrêt cardiaque provoqué par la peur, soit un bête accident. Mais malgré tout l'attraction avait été fermée et placée sous séquestre. Peu de temps après toutes les attractions autour s'étaient arrêtées par manque de visiteurs et bientôt le lieu était devenu une zone morte. Pour diverses raisons, il était resté en l'état depuis lors et tout menait désormais vers cet endroit. Si Roussel se souvenait aussi bien de l'affaire c'est qu'il avait participé à l'arrestation du fameux magicien. Un homme qui s'était suicidé pendant sa garde à vue peut être par sa faute. A l'époque on ne faisait pas autant attention aux prévenus et l'homme avait simplement sauté par la fenêtre entrouverte de la salle d'interrogatoire. Désormais les barreaux et la climatisation empêchait pareille mésaventure, mais Roussel en avait été ébranlé. Au point de suivre une thérapie qui lui avait permis de continuer son travail. Tapotant nerveusement son bureau il appela son collègue et lui indiqua juste qu'ils avaient un rendez avec des fantômes du passé. Meluen était plus jeune que lui et à l'époque où tout ceci était arrivé il ne devait être qu'un gamin. Il préféra laisser sous silence ce qui ne concernait pas directement le lieu où ils se rendaient.

Approchant de la vieille fête foraine Meluen le questionna un peu sur leur destination. Roussel entreprit de parler de l'attraction mortelle mais passa sous silence le suicide du forain qui la tenait. Se garant aux abords des grandes grilles qui fermaient désormais la zone il se dirigea vers elles et remarqua que le cadenas qui devaient maintenir les grilles fermées pendait sectionné. Il sortit son arme et fit signe à Meluen de se tenir sur ses gardes. Entrouvrant le passage dans un grincement aigu il s'avança dans la terre battue de l'entrée du terrain de foire. Les stands semblaient avoir été abandonné à la hâte, divers objets pour la plupart dans un état de détérioration avancée se trouvaient encore pendus de ci de là. Et divers bruits de métal grinçant semblaient combler le silence du lieu. Utilisant son souvenir des lieux il bifurqua sur la droite et remonta le chemin entouré de nombreuses petites cahutes toutes plus déglinguées les unes que les autres. Remarquant une lueur suspecte sur sa gauche il s'enfonça entre deux planches de bois délimitant un stand couvert par l'ombre du lieu. Il perdit de vue Meluen qui continuait sur le chemin de terre. Et se collant à la paroi il se pencha en avant légèrement pour voir d'où venait la lueur. Une vieille enseigne en ferraille pendait à une chaine à moitié rongée par la rouille. La lune venait percuter la plaque et s'y reflétait par intermittence.

Retournant sur le chemin de terre il ne vit plus Meluen qui semblait avoir disparu. Jurant à voix basse il pressa le pas en direction de la longue tente en plastique où le drame avait eu lieu. Entendant un bruit sourd et un cri étouffé, il se mit à courir. S'arrêtant un instant face à la toile en piteux état il écouta les bruits alentours. Avançant lentement il fit pénétrer le canon de son arme par l'entrebâillement des deux rideaux en plastiques qui fermaient l'entrée. Sa respiration se fit plus saccadée, l'adrénaline augmentant son attention. Plongeant dans la pénombre il sortit de sa poche la torche qu'il gardait toujours sur lui. L'allumant en la dirigeant vers le sol caillouteux il fit naviguer son halo lumineux autour de lui. Des morceaux entiers du chapiteau semblaient pendre tout autour. Provoquant une sensation de confinement désagréable.

Entendant un bruit étouffé il crut reconnaitre un homme bâillonné. Repoussant un pan de plastique il pénétra au cœur de la tente. Une lumière diffuse semblait couler depuis les trous dans le toit. Sa lampe torche se mit à vaciller puis s'éteignit d'un coup. Pestant et tapotant le compartiment à pile il la laissa tomber dans un bruit sourd. Il entendit un rire à glacer le sang, et vit au milieu une chaise sur laquelle une forme sombre et cagoulée ne bougeait pas. Roussel prudemment fit un pas en avant quand il aperçut sur sa gauche une forme colorée qu'il reconnut aussitôt. Respirant plus difficilement il tenta d'identifier ce qui semblait être un clown. Son cœur se mit à battre de manière affolée. L'ombre colorée passa sur sa gauche, il fit feu dans sa direction et sa balle explosa une surface miroitante qui tomba en une pluie de verre. Se tournant il vit le clown tout proche qui lui souriait. Reculant en trébuchant il tira encore et encore. Plus il vidait son chargeur plus son affolement allait croissant. Les miroirs explosant les uns après les autres. Tout à coup il se sentit suffoquer. Tentant de reprendre sa respiration il ouvrit le col de sa chemise. Une sueur glacée courrait le long de sa colonne vertébrale.

Pris d'une panique inexplicable son cœur s'emballa. Ses doigts crispés continuaient d'appuyer sur la gâchette qui ne déclenchait plus rien depuis longtemps. Le clown semblait l'entourer maintenant, le regardant à mesure qu'il se recroquevillait sur lui-même. Sa coulrophobie était en train de le tuer et il n'y pouvait rien. Son cœur explosa alors qu'il tentait vainement de respirer quasiment allongé sur le sol froid.

Meluen frotta le maquillage autour de ses lèvres et alluma une cigarette alors même que Roussel venait de rendre son dernier souffle. 40 années qu'il préparait sa vengeance. Il était bien le descendant du maitre de l'horreur. Son père pouvait être fier de lui.

mercredi 10 juillet 2013

La liseuse

Ingrid était ce qu'on pouvait appeler une réfractaire à la technologie. Elle ne comprenait pas cet engouement pour tous ces appareils sans vie qui ne lui plaisait pas. Elle préférait de loin les matières nobles, pouvoir toucher la couverture d'un livre, sortir un vinyle de sa pochette de papier. Elle vivait pourtant avec son temps. Impossible pour elle d'aller travailler sans prendre le métro. Mais chaque jour les voyages ressemblaient de plus en plus à de la torture. Elle pouvait parfois regarder de longues minutes comme hypnotisée ces gens pendus à des téléphones, ou à des lecteurs de musique à la qualité incertaine. Elle se sentait mal à l'aise, ne comprenant pas l'exaltation que l'on pouvait avoir pour des choses qui ressemblaient à une perte de temps à ses yeux. Plusieurs fois par semaine elle changeait de livre, le temps passé dans ces tunnels emplis de monde lui permettait de s'adonner à son plaisir de longues heures. Bref, Ingrid avait une vie régulière qui lui convenait très bien.

Jusqu'au jour où elle découvrit cet homme. Un homme sensiblement de son âge qui prenait presque le même trajet qu'elle. Tous les jours il s'asseyait non loin d'elle, mais sans un regard ou un sourire. Elle mettait sur le compte du hasard ces longues séances de transports en commun partagées. Les premières fois elle ne fit pas plus attention à lui qu'à tous les autres usagers. Mais le temps passant elle se surprit à le dévisager, à le regarder avec attention. Il était tout le temps concentré sur un appareil grand comme un magazine, ce que l'on appelait ces temps-ci, des tablettes. Parfois il souriait, parfois il semblait totalement absorbé. Elle imaginait toute sorte de jeux plus avilissant ou plus décérébré les uns que les autres, et lorsqu'elle reprenait conscience de l'observer trop longuement elle rosissait un peu en replongeant dans son livre.

Ce jour-là, la journée avait été particulièrement pénible. Les gens semblaient comme énervés par une sorte de folie animale qui emplissait l'air ambiant. Alors qu'elle était complètement prise par sa lecture, elle sentit un poids sur ses épaules. Levant la tête elle vit que l'homme qu'elle croisait tous les jours la regardait. Son regard la transperçait comme s'il pouvait voir à travers elle. Elle sentit ses joues rougir intensément. Ne pouvant le soutenir, elle rompit ce long regard brusquement pour replonger dans son livre. Impossible pour elle d'arriver à terminer la ligne qu'elle était en train de lire. Elle la relisait depuis la vingtième fois au moins sans en saisir le sens. Son esprit totalement embrumé elle en oublia presque de descendre à son arrêt. Se levant brusquement elle fit tomber son livre sur le siège qu'elle venait de quitter. Et ce n'est qu'une fois la porte de son appartement fermée, adossée contre le mur, se laissant glisser jusqu'à se retrouver assise dans le couloir de l'entrée qu'elle s'en rendit compte.

Prenant sa tête entre ses mains elle se mit à rire. Comment pouvait-elle être troublée à ce point par un regard. Avec dépit elle choisit un autre livre pour son trajet du lendemain et ne trouva le sommeil qu'après de longues minutes à ressasser ce regard pénétrant. S'installant à sa place habituelle, elle sortit son livre lorsqu'elle aperçut que quelqu'un lui tendait une couverture qu'elle connaissait bien. Levant les yeux elle vit l'homme au regard troublant qui tenait son livre. Lui souriant elle tendit la main et le saisit, mais il semblait ne pas vouloir le lâcher.

- Excusez-moi, je crois que c'est à vous.

- Oui en effet j'ai dû le faire tomber dans ma précipitation hier, dit-elle en rougissant à nouveau.

- Puis je m'assoir à côté de vous? Je voudrais vous montrer quelque chose.

Surprise par cet échange elle lui indiqua d'un signe de tête la place située en face d'elle sans pouvoir répondre.

- Vous savez, je vous ai souvent vu dans ce métro, et je dois vous dire que je n'ai jamais su comment vous aborder. Vous lisez beaucoup n'est-ce pas?

- Oui j'aime les livres, j'aime partager pendant un moment des émotions, des voyages

- Des sensations qui permettent de vivre mille et une vies différentes finit-il à sa place.

- Oui c'est ça…

Le regardant comme si elle le voyait pour la première fois elle lui sourit timidement.

- J'aime lire moi aussi, lui dit-il. Grâce à ça indiqua-t-il en montrant sa tablette. C'est pratique et puis c'est plus difficile à perdre je dois dire.

Son regard pétillant la mit à l'aise, et elle sentit un frisson très agréable la parcourir.

- Vous vouliez me montrer quelque chose?

Il lui tendit la tablette, elle reconnut immédiatement le livre qu'il venait de lui rendre.

- Je lis souvent la même chose que vous. Je regarde la couverture et je me le procure. Vous avez de très bons gouts, très hétéroclites, mais qui me conviennent très bien.

A la fois flatté et légèrement inquiète elle se demandait où il voulait en venir.

- Tenez, lisez ceci je vous prie.

Prenant la tablette de ses mains elle se mit à lire un étrange poème. A mesure que les vers défilaient elle se rendit compte qu'elle en était l'héroïne. Se laissant subjuguer par les mots elle oublia les gens autour jusqu'à la dernière ligne. Reprenant son souffle comme si elle avait lu en apnée elle n'osait regarder l'homme qui semblait attendre patiemment.

- C'est très beau, merci… Et vous écrivez très bien.

L'homme reprit la tablette, et avec son stylet il y nota un numéro et une adresse, avant de la lui tendre et de se lever. Prise de court Ingrid le regarda sortir de la rame de métro à un arrêt qui n'était pas le sien. Le soir même, une fois rentrée chez elle, elle alluma l'appareil et appela son inconnu. Ils passèrent toute la nuit à discuter comme si ils se connaissaient depuis longtemps. Lorsqu'elle raccrocha elle regarda la tablette, et découvrit que ces appareils qu'elle estimait sans vie pouvaient avoir une âme…

lundi 19 novembre 2012

Le village

Tous les ans, le même rituel, une fois la route prise, on oublie sa vie d'avant et on se prépare. Seront-ils tous là? M'attendront-ils? Tant de questions et déjà des doutes.
Doit-on revenir sur ce qui a été dit l'été dernier? Lorsqu'on ne s'est même pas excusé d'avoir été blessant. Il faudra faire table rase de l'année dernière ou bien les vacances seront gâchées.

Et puis voilà l'arrivée, tant attendue, on regarde par la vitre mais personne n'est là. Il est déjà tard, peut-être sont-ils allés faire un tour, ou bien ils sont en train de manger peut être.
On s'installe, on se prépare, on mangera plus tard. Vite descendre au lieu de rencontre, le lieu de vie du village. Mais quelle désolation, quelle tristesse. Personne, pas même ce chien errant tellement crasseux qui passe sa vie à quémander un petit quelque chose.

Déception bien sûr, mais on ne veut pas laisser la première impression être la bonne. C'est tout juste valable pour les proverbes ça... Alors on se balade dans les rues désertes, le silence omniprésent semble presque voulu. Toute vie semble avoir déserté les ruelles. L'eau ruisselle dans la calade sans discontinuer, seule source de bruit, si légère qu'on l'oublie presque aussitôt.
L'astre lunaire éclaire les pierres disjointes de ces vieilles rues pavées. Chaque fenêtre est fermée, les volets clos ou alors branlants et tenus par quelques bricoles. La nuit est fraîche comme souvent dans ces collines. Mais ce soir le froid est plus omniprésent encore que l'année dernière semble-t-il. Pas de vent qui descend au cœur de la végétation, juste le silence.

Tout l'empressement que l'on a mis à préparer les valises, à faire la route au mépris de la fatigue. Tout ce temps passé à imaginer les retrouvailles, ce qu'on allait bien pouvoir dire. Puis finalement se trouver tellement seul au milieu de ces murs tordus qui semblent chaque année se pencher un peu plus les uns sur les autres.
On lève la tête vers le ciel, grâce au manque de lumière publique on peut voir les étoiles, seules lueurs qui viennent égayer ce décor oublié. Tiens c'est déjà la nuit, et il est tard, peut-être la vie a-t-elle repris ses droits sur la place du village. Un petit détour par le grand terrain sur lequel les gens ont l'habitude de garer leurs voitures. Mais non, rien à part ces traces sur le sol, seuls vestiges des passages nombreux et réguliers.

Et cette herbe roussie par le soleil et par le feu. Ah oui le feu, on l'avait presque oublié. C'est vrai que lorsqu'on fait les choses par habitude, on oublie les événements ponctuels.
D'ailleurs où sont passées les carcasses, les tôles, le plastique fondu?
Il fait nuit, peut-être sont-elles toujours au fond du terrain, là où elles ont été entreposées, montagne de déchets et seuls souvenirs de ce moment.

Toujours personne sur la place, la fontaine ne marche même pas, il faut dire que sans personne pour l'entretenir, elle a dû geler cet hiver et l'eau doit s'écouler d'une canalisation percée quelque part. Comment peut-on en arriver là?

Des années en arrière lors de son arrivée il se souvient, on le moquait, lui le chétif, le petit, le seul à venir d'ailleurs. Il avait hérité d'une vieille bicoque biscornue au cœur de ces vieilles pierres. Un village si petit qu'il n'apparait pas sur les cartes. Un de ces hameaux où les habitants vivent reclus, entre eux. Il avait essayé de s'intégrer, tous les ans il avait essayé. Mais peine perdue, quand on n'est pas du village on est et on reste un étranger.
Et voilà que l'année dernière, on en vient à le considérer, à lui prêter de l'attention. Il a gagné beaucoup d'argent et il ne s'en cache pas. Après tout pourquoi avoir honte?
Une jeunette du village lui montre même de l'intérêt, elle est belle, juvénile, une beauté fragile. Sa poitrine menue pointe sous ses jupes légères et il n'en faut pas plus pour éveiller son désir.

Un soir ils sont seuls, le village est réuni dans l'église pour l'une de leur sempiternelle réunion à huis clos. Il n'a jamais pu y assister, mais cette année la jeunette reste avec lui. Il lui fait un peu la cour, lui cueille quelques fleurs champêtres et lui déclame quelques vers. Elle sourit, mais elle semble timide. Il lui tient la main, elle ne l'a pas repoussé. Et puis il s'arrête, se tourne vers elle et prend sa main entre ses doigts. Il approche son visage pour l'embrasser mais elle le repousse. Il tient son poignet fermement, qui pourrait lui en vouloir. Elle lui a laissé comprendre ce qu'elle veut, même si elle ne l'a pas dit. Il la presse contre lui, son corps tremble. Elle a peur. Elle essaye de le frapper, mais il est bien plus fort qu'il n'en a l'air. Alors il la renverse en arrière, il ne fait pas attention au bruit que fait son crane en heurtant le sol. Elle ne bouge plus, c'est qu'elle doit avoir changé d'avis, elle semble offerte, alors il l'honore, de tout son corps, de toute son envie.

Ce sont les cris des gens du village qui le sorte de sa torpeur, il se lève rapidement, le pantalon sur les chevilles, il se rhabille, il a beau leur expliquer que c'est elle qui a demandé, personne ne l'écoute. Ils hurlent sur lui, ils le menacent. Heureusement qu'il porte une arme, l'argent amène les problèmes lui a-t-on dit. Et on avait raison. Ils parlent de prison, ils veulent lui faire du mal, alors il règle le problème, froidement, calmement. Chaque détonation crève le silence des collines, des oiseaux s'envolent affolés. Puis le calme revient enfin. Ils sont allongés comme des poupées sanguinolentes. Il les traine jusqu'à leurs voitures là-bas sur le grand terrain puis met le feu. Il fait bon près du brasier, le rougeoiement l'apaise, il se sent bien. Lorsque tout est fini, il nettoie les traces, personne ne vient ici à part lui. Il va ranger ses affaires, il se prépare à partir, il a hâte de revenir l'année prochaine et de les retrouver. Peut-être enfin vont-ils finir par le considérer comme un des leurs, un membre du village à part entière…

lundi 31 octobre 2011

Sanglants rêves

Des mares de sang, voilà dans quoi je marchais. Non pas des mares, une rivière de sang qui stagnait en flaques. Des torrents, ou bien un filet. Je crois que j'ai perdu la notion en même temps que j'ai perdu l'esprit. L'odeur métallique, le goût qu'on sent dans la bouche comme lorsqu'on suçote une plaie qui a saignée. Et dans cet océan de sang, le bruit, un mélange de frottements, de chuintements, de crissements. Une nuée d'insecte, ou bien un grand rapace, à moins que ça ne soit les ailes d'un avion venant me sauver. Ce qui m'effraie le plus c'est de ne rien voir, enfin si, on peut voir la noirceur du rien non?

Pourquoi je suis sorti ce soir? Soirée d'Halloween, venez nombreux, frissons garantis… J'aurais dû comprendre, une queue de plusieurs heures devant le bâtiment et aucune foule autour, comme si la porte s'ouvrait sur un autre monde et que les gens disparaissaient. C'est surement ça d'ailleurs, je suis dans un autre monde. Mais où sont ceux qui m'ont précédé? En fait je crois ne pas vouloir savoir d'où provient ce sang. Pourquoi je n'arrive pas à hurler? Pourquoi je me sens las, si las tout d'un coup?

Je regarde mes mains, tiens le sang a dû couler sur moi, je lève les yeux, rien ne goutte, ou bien est-ce une pluie de sang que je sens sur ma peau qui semble me piquer comme des milliers d'épingles. Mais quand donc j'ai perdu la vue, et pourquoi je n'entends plus rien? Mais qu'est-ce que je viens de sentir sur mon bras. Tiens je suis si fatigué que je n'arrive même plus à lever le bras. L'odeur de soufre et de charogne a quitté mon nez depuis quand? Je reconnais que l'attraction est réussie, mais comment ont-ils pu réaliser une telle illusion? Surement le nuage que l'on traverse au départ, cette brume si piquante, si rouge, si froide, et pourtant qui semble enflammer les moindres parcelles de peau. Je me suis toujours demandé à quoi on pouvait savoir qu'on est drogué, je crois que je le suis. Du moins ce n'est pas normal de s'endormir alors que l'horreur est totale. Tout à l'heure encore je marchais, ou bien le décor avançait il seul? Ces monceaux de corps, ces chairs déchiquetées, ces membres arrachés, tellement réaliste, tellement fou que je n'ai que vaguement senti un haut le cœur en passant tout à côté.

Une lumière, pourtant je ne vois plus rien depuis longtemps déjà, tiens une autre pièce, circulaire, lumineuse, un puits de chaleur, un four solaire peut être? Je vais me faire griller maintenant, brûlé par les rayons du soleil salvateur, purificateur, finalement ça serait peut-être un mal pour un bien.

Je suis au centre, mes sens me reviennent, j'entends à nouveau, qu'est-ce que ce bruit étrange, est ce que je l'entends ou bien ces vibrations se répercutent dans mon corps, dans mes os, dans les moindres tissus de mon être. J'en viens presque à appeler à la délivrance, je ne suis qu'une boule de souffrance, une enveloppe vide et pourtant sensible dans ses moindres parties. Le plus étrange maintenant c'est que j'ai l'impression de voir mais que je ne peux pas bouger la tête, peut-être la drogue agit elle comme un paralysant. Pourquoi alors ne m'a-t-elle pas anesthésiée, je serais tellement mieux…

Je vois que les murs sont brillants, la lumière se reflète, je m'approche et je sens quelque chose qui ne va pas, ce sont des miroirs, d'horribles miroirs déformants, enfin déforment ils? Surement, je ne suis pas rentré habillé ainsi dans cette attraction, et puis je n'étais pas couvert de ce liquide, surement des effets spéciaux encore. Je comprends enfin pourquoi ma tête ne peut pas bouger, le rictus écarlate qui se dessine sur ma gorge en une ouverture béante, si je bouge trop j'ai peur qu'elle ne finisse de se séparer de mon corps. L'orbite vide qui me contemple, les traces de becs, était-ce les bruits d'ailes? Et pourquoi manque-t-il à mon côté droit comme une part de moi-même? Bien sûr, voilà pourquoi mon bras ne me répond plus, qu'est-ce que j'en ai fait? Pourtant maman m'a toujours dis de ne pas égarer mes affaires, j'aurais dû l'écouter je crois. Je tombe à genoux, c'est normal mes jambes dépourvues de peau et dont les traces de lacérations font penser à un fauve qui aurait joué avec moi ne peuvent plus me tenir. Je m'effondre, si j'avais encore mes yeux les larmes couleraient sur mes joues ensanglantées.

 

 

 

 

Mon hurlement a transpercé la nuit comme une lame s'enfonçant dans un corps traversant les chairs, déchiquetant les tendons, brisant les os. Je me lève encore en hurlant, traversant la pièce je me rue sur le miroir qui orne la porte du placard. J'en pleure presque de soulagement, j'ai toujours dix ans, je suis en vie, je suis entier, j'ai mes mains, mes bras, mes yeux, je ne suis pas couvert de sang. Je tombe à genoux dans une prière silencieuse. Plus jamais je ne regarderais de films d'horreurs un soir comme celui-ci. Halloween devrait être un jour pour s'amuser pas pour mourir de peur. Et alors que mon cœur qui s'est emballé lentement semble revenir à la normale, dehors j'entends des hurlements, des cris inhumains, suis-je vraiment réveillé?

 

 

Ce texte est une participation originale au concours organisé par la page Facebook “Des mains et des plumes

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mercredi 16 janvier 2008

La malédiction de Nishram - Episode 13

Sauvagerie citadine


Après plusieurs heures de marche qui ressemblèrent à des minutes pour les deux nouveaux compagnons, ils arrivèrent en vu d’un petit hameau, qui ne devait son nom de village qu’à quelques maisons réunies en un même lieu ainsi qu’une auberge et quelques bâtiments divers.


- Voilà notre destination. Lui annonça Gerrit
- C’est assez glauque n’est ce pas ? Ne préfères tu pas que nous chevauchions un peu vers une vrai cité ?
- Et pourquoi irions nous dans une grande cité, ici c’est parfait pour boire et oublier ne crois tu pas ?
- Nous ne trouverons jamais de travail par ici, et je crois qu’il n’y a aucun autre moyen d’oublier ce que tu as vécu, crois moi, je suis bien placée pour t’en parler tu le sais désormais, c’est grâce à cela que j’ai pu me reconstruire après la tuerie de ma famille.
Quelques petites missions et tu n’y penseras plus, et puis rien ne nous empêcheras de trouver une taverne accueillante pour boire quelques chopes.
- Tu as toujours réponse à tout n’est ce pas ? Alors monte derrière moi et continuons notre route.

Gerrit fit grimper la jeune guerrière derrière lui et traversa le village sans un regard pour ses habitants visant un point derrière les collines d’où s’élevaient des volutes de fumées nombreuses indiquant une agglomération de taille plus importante.
Ils arrivèrent aux pieds de la muraille au moment ou le soleil déclinant commençait à s’enfoncer derrière l’horizon, les portes encore ouvertes en cette heure avancée de la journée leur permit de rentrer dans un lieu où la vie grouillait, restant sur le cheval par commodité ils suivirent le flot d’autochtones à pieds dans ce qui semblait une artère de la ville, s’approchant d’un espace exempt de maisons sur lequel de nombreux étals de marchands ambulants étaient installés. Les vendeurs ameutaient les clients par la force de leur voix cherchant à convaincre les passants que les produits qu’ils vendaient étaient les meilleurs au meilleur prix possible, chaque vendeur cherchant à faire mieux que son voisin.


Gerrit repéra ce qui ressemblait à une taverne de l’autre côté de la place, il y dirigea sa monture et fit descendre Alizia, puis ensemble ils entrèrent dans la grande salle commune. La pièce particulièrement sombre était pourtant éclairée par des nombreuses sources lumineuses, la cheminée tout d’abord où un feu imposant remplissait la pièce d’une lueur orangée, ainsi que d’une douce chaleur qui n’était pas désagréable à cette heure de la journée. Le reste de la lumière était en grande partie du à des bougies réparties dans de nombreux bougeoirs sur les murs, les tables, dans des lustres métalliques pendus au plafond. Si la taverne semblait si sombre c’était en grande partie à cause du bois sombre qui habillait les murs et qui absorbait la lumière aussi surement qu’un sort de ténèbres l’aurait fait. Il était difficile de savoir si le bois était naturellement sombre ou si des tonnes de suie issue de l’âtre pouvaient être responsables de cette teinte si particulière.
La décoration particulièrement sommaire se résumait à quelques affiches la plupart déchirées en partie ou entièrement, certaines proposant du travail, d’autres montrant des avis de recherche, seul deux têtes de sanglier de chaque côté de la cheminée représentait le mobilier accroché aux murs.
La foule de clients était particulièrement hétérogène, de nombreux voyageurs ou commerçants semblaient prendre un verre ici, soit pour finir de conclure une affaire, soit en attendant de reprendre leur route le lendemain évitant ainsi les risques d’un voyage de nuit. Seule une table vers le fond de la pièce dans un coin particulièrement sombre attira l’attention de Gerrit, en effet tous les occupants de celle ci portaient des capuches et des gants cachant totalement leur peau et prenant soin de ne pas se tourner vers les autres clients.
Au début Gerrit pensa à une maladie quelconque mais finit par penser qu’ils étaient surement d’une confrérie qu’il ne connaissait pas, peut être était ce des pèlerins qui ne devaient pas parler avec des étrangers, pensant que ces gens devaient être silencieux et surement discret il attira Alizia vers eux et choisi une table située tout juste à côté de la leur. Les allées et venues des clients dans la taverne se firent lentement plus calmes, la nuit était tombée et pourtant la salle commune n’avait pas désemplie, les clients avaient troqués les boissons contre des mets plus copieux et surtout chauds.


- Et maintenant demanda Alizia, où allons nous postuler demain, tu as une idée ? As-tu déjà fait partie d’un groupe d’aventuriers ou de mercenaires ?
- En fait jamais pour être honnête, je n’ai fait qu’une carrière dans cette armée qui nous a trahi, mais je n’ai jamais voyagé de moi même, ni ne me suis attaché à d’autres personnes à part ceux qui combattaient à mes côtés et dont nombreux sont ceux à être morts sur ce champ de bataille.
- Bon alors je vais prendre les choses en main, j’imagine qu’il y a quelque chose comme un hôtel de ville ici, il suffira que j’aille y faire un tour demain peut être que les autorités du coin ont des missions à proposer à des aventuriers motivés lui dit elle dans un sourire. Par contre j’irais moi, avec ta mauvaise cicatrice qui n’est pas encore guérie je dois t’avouer que tu risques de faire peur à nos futurs employés.
- j’essayerai de trouver un herboriste ou un mage demain pour tenter d’arranger cette horreur.


La soirée avançait et les gens terminaient leur repas tranquillement commandant quelques chopines afin de faire durer la soirée dans l’ambiance enfumée et feutrée de la taverne. Lorsque Gerrit remarqua que l’un des hommes encapuchonné se levait et que son capuchon était rejeté en arrière dévoilant son visage porcin et ses traits verts dans lequel Gerrit ne pouvait que reconnaître un orque. En se levant et dégainant son arme il observa du coin des yeux que plusieurs autres personnes s’étaient levées dans la taverne, mais contrairement à lui elle ne semblait pas avoir remarquées l’orque, mais au contraire elles semblaient menaçantes envers les autres clients. Des tourbillons de lumière et d’étincelles grises argentées voletèrent autour des hommes qui venaient de se lever et une lumière enveloppante remonta de leurs pieds jusqu’à leurs têtes, la limite de celle ci laissant apparaître à mesure ce que le sort de dissimulation avait caché et révélant que chacun d’entre eux n’était rien d’autre qu’un orque en arme et prêt à en découdre.
Gerrit surpris l’arme au clair ne savait que faire, les adversaires étaient trop nombreux et la taverne pleine encore de clients lorsque l’orque situé derrière Alizia se mit à parler.


- Mesdames et messieurs, ne tentez rien, n’essayez pas d’être courageux ou ça sera la dernière action que vous entreprendrez de votre vivant. Nous n’allons pas vous tuer, ni même vous blesser, nous ne désirons que vos bourses rondelettes et vos objets précieux à cette intention veuillez noter que mon ami ici présent.


A ces mots un Orque un peu plus trapu que le précédent se leva de table et fit glisser sa capuche, sa peau scarifiée et tatouée le rendait encore plus hideux et terrifiant que ses congénères, ses oreilles étaient déformées par toutes sortes d’anneaux et de boucles en or où pendaient diverses choses dont des os, des morceaux non identifiés de matière vivante, plumes et autres objets. Il s’appuyait sur un bâton massif entièrement taillé et brulé par endroit sur lequel de nombreuses petites piques avaient été creusées et sur lesquelles pendaient des pochons fait de tissus ou de matières ressemblant à du cuir mais étrangement similaire à de la peau.
Il leva une main et tout en grognant des paroles gutturales incompréhensible l’ouvrit et une poussière dorée fine s’en échappa, semblant emportée par un vent invisible elle partit se déposer sur de nombreux objets que portaient les clients de la taverne, ainsi que sur un bracelet en or que portait Alizia. Gerrit qui se méfiait des objets magiques n’en avait aucun sur lui mais son épée magnifiquement travaillée et issue d’un des meilleurs forgerons elfe encore vivant n’ayant pas reçu de poudre il en déduit qu’elle ne venait pas sur les objets de grande valeur monétaire, son épée coutant probablement bien plus que la plupart des objets magiques présent dans la salle.
Alizia chercha à cacher l’halo lumineux qui entourait son bracelet mais c’était peine perdu, même sous une pièce de tissus il ne cessait de briller apparaissant en surimpression sur le tissus qui devait le cacher.
Gerrit observait la pièce, mais les nombreux voyageurs n’avaient guère l’air d’aventuriers ou d’expert dans le maniement des armes ou des sorts, il savait qu’il n’aurait pas beaucoup de temps pour agir et que ce qu’il allait faire tenait plus du suicide qu’autre chose, mais il refusait de laisser ces monstres piller cette taverne sous son nez, pas après ce qu’ils avaient fait subir à ses hommes peu de temps avant. Si la situation n’était pas aussi dramatique et désespérée il aurait bien souri en voyant que la poudre faisait briller certaines parties incongrues des clients de la taverne, soit qu’ils avaient cachés des objets à ces endroits soit qu’ils les portaient peut être comme bijoux de corps.
Gerrit fit mine de se rassoir attrapant dans un mouvement ample de sa cape de voyage divers couverts présents sur la table, Alizia ne manqua pas de remarquer ce qu’il préparait et il vit sa main passer sous la table et il sut qu’elle venait de dégager la lanière de cuir qui maintenait les couteaux de lancer. Il posa sa main couverte de cicatrices sur la table et les doigts bien visible pour Alizia entama un décompte pendant que l’orque reprenait la parole.


- Mes amis ici présent, vont commencer la collecte, n’essayez pas de nous cacher quoi que ce soit, et si mes amis veulent l’un ou l’autre de vos possessions car ils estiment qu’elles ont une valeur je vous prierais de gargglllgellllee le son s’étouffa en un gargouillis immonde alors qu’il touchait de ses mains tremblantes le couteau qui venait de s’enfoncer profondément dans sa gorge faisant des dégâts irréparables et l’étouffant lentement.


En quelques instants les orques les plus proche d’eux s’étaient effondrés, et seul restait encore debout le shaman qui secouant son bâton dans un bruit d’entrechoquement, chantait des paroles dans sa langue des cercles de lumières de couleurs vives se créant autour de lui et l’enfermant dans une espèce d’espace hors de portée des attaques classiques.
Gerrit prit appui sur le banc sur lequel il était assis et se lança en l’air en direction de deux orques surpris qui n’avaient pas encore réagit tenant à la main des grandes poches de cuir censés contenir ce que les voyageurs devaient leur donner. Dégainant son épée durant son court trajet en l’air d’un mouvement rapide et précis il décapita le premier des deux orques ramenant dans un arc de cercle serré la lame afin de l’enfoncer dans les côtes du second et rentrant dans ses chairs puissamment jusqu’à atteindre visiblement des organes vitaux puisque l’orque le regarda quelques secondes les yeux vitreux pendant que son cœur touché finissait de se vider dans sa cage thoracique et que son corps lourds pesait sur l’arme.


Alizia elle avait deux poignards en main et partit en courant en direction d’un des groupes d’orques. Les derniers orques vivant, sidérés par la rapidité d’action des deux humains, ne savaient que faire et leur chef à genoux devant sa table ne leur était plus d’aucune utilité pour leur donner des ordres.


Le shaman penché sur lui était en train de retirer le couteau qui était profondément enfoncé dans sa gorge, et détacha une des bourses de son bâton pour en sortir une bouillie verte foncée qu’il appliqua sur la plaie sanguinolente de son chef, la bouillie au contact de la plaie se mit à fondre comme de la graisse au dessus du feu, et la plaie sembla se refermer miraculeusement pendant que l’orque avalait goulument quelques bouffées d’air afin de réoxygéner son corps qui était bien mal en point.


Gerrit avait retiré son épée du corps de l’orque et s’était positionné dos au mur attendant les divers groupes restant dans une position d’attente et de combat.


Un homme assis dans un coin sombre de la salle s’était levé, d’un âge avancé il semblait peiner à se tenir appuyé sur son bâton, les orques jetèrent un œil mais ne jugeant pas dangereux ce vénérable ancêtre se retournèrent vers Gerrit et Alizia.
Il semblait sénile et marmonnait dans sa barbe jusqu’à ce que d’une de ses mains il pointe plusieurs groupes d’orques avec ses doigts, et que de ceux ci semblèrent partir des projectiles enflammés qui s’enfoncèrent profondément dans les chairs des orques qui se mirent à hurler alors que le feu magique les rongeaient de l’intérieur, le seul qui avait vu le point de départ des projectiles était Gerrit qui face à la salle pouvait observer attentivement tous les convives.


En à peine quelques minutes de la vingtaine d’orques en armes du départ il n’en restait plus que la moitié et Gerrit dans un rictus qui sembla arrêter momentanément ses assaillants.


Alizia évita un coup de poing de l’orque qui se situait à sa droite en se penchant en avant le poignard qu’elle tenait dans sa main droite tailladant l’avant bras de l’orque et probablement quelques tendons, elle fit pivoter son torse et d’un violent coup de son dos sur l’orque qu’elle venait de blesser elle se plaça hors de portée de l’épée courte que l’autre adversaire avait essayé de lui passer au travers du corps.
Prenant appui de ses omoplates sur le guerrier derrière elle se retrouva en un mouvement presque félin derrière celui qui tenait l’épée courte et lui enfonça ses deux poignards au niveau des épaules tranchant au niveau des muscles et des articulations afin de le rendre inoffensif, et le bruit de l’épée tombant sur le sol lorsque sa main ne fut plus capable de tenir son poids indiqua à la jeune femme que son geste avait été une réussite. Le deuxième orque sur lequel elle avait pris appui n’avait pas encore repris son équilibre qu’elle avait ramassé l’épée courte et ce n’est que lorsqu’il se mit en garde face à elle prêt à lui asséner un nouveau coup qu’elle lui planta l’épée dans l’abdomen utilisant son propre poids pour appuyer sur la garde afin de faire pénétrer l’arme le plus profondément possible dans les chairs du monstre.


Gerrit se retrouvait face à 4 adversaires, deux d’entre eux avait des épées courtes de mauvaise qualité, l’avant dernier avait ce qui ressemblait à un marteau de guerre et le dernier était à main nue.
Il attendit que les orques l’attaquent sachant qu’ils ne pourraient pas le faire à plus de deux à la fois vu l’étroitesse entre les tables de la taverne.
Le premier à s’avancer ne put le faire que tout seul au vu de son corps massif et particulièrement musculeux, il portait une masse incrustée de gemmes qui lorsqu’il la souleva se mit à briller et semblait étrangement légère et maniable entre ses mains vertes gigantesques. Gerrit fut surpris de la vitesse et de l’agilité avec lesquelles l’orque abattit la masse et il ne dut sa vie sauve qu’à un réflexe qui le fit se projeter sur la table de droite roulant par dessus et se retrouvant dans la travée suivante. Mais au moment ou il relevait la tête l’orque était déjà en train de resoulever sa masse s’apprêtant à la lui abattre dessus une nouvelle fois, sachant qu’il ne pourrait pas éviter éternellement le contact il offrit le flanc gauche à son adversaire en tentant de se protéger le plus possible et en se tournant et préparant son épée bâtarde sur sa droite, mais la masse qui le heurté violemment lui tira un cri de douleur alors qu’il sentait en lui des bruits sourds indiquant que probablement le choc avait cassé quelques os. Il ramena l’épée bâtarde avec toute la force dont il pouvait disposer tentant de faire fi de la douleur qui le ravageait à chaque mouvement et dans un arc de cercle remontant son épée par dessous les bras de son adversaire il le frappa au niveau des coudes broyant et tranchant dans les muscles et éclaboussant de sang le mur où quelques secondes plus tôt il se tenait. Mais l’orque ne lâcha pas le marteau pour autant et Gerrit vit dans son angle de vision que l’un des porteurs d’épée s’était approché sur le côté et qu’il serrait bientôt suffisamment prêt pour l’attaquer. Et le marteau était à nouveau dans les airs et au moment où l’orque allait l’abattre une troisième fois il venait de se jeter en avant sur l’orque à l’épée et d’une poigne de fer il l’attrapa au cou et l’attira près de lui sous la trajectoire de la masse qui heurta son crane avec une telle violence que le sang et la matière grise se répandirent sur la table et le sol de la taverne l’un des yeux de l’orque étant sorti de son orbite pendait par les nerfs optiques alors que le corps de l’orque mort sur le coup s’affaissait aux pieds de Gerrit.
Il se mit hors de portée du marteau face à l’orque désarmé et au dernier porteur d’une épée.


Le vieil homme auquel les orques ne faisait toujours pas attention psalmodia quelques mots inintelligibles appuyé sur son bâton d’une main, de l’autre dessinant dans les airs des cercles autour des deux derniers orques prêt au combat qui se rapprochaient d’Alizia, et lorsqu’il eu encerclé les orques chacun cinq fois dans les airs, des flammes bleues les entourèrent et les cris des deux peaux vertes indiquèrent que ses flammes bien réelles étaient en train d’attaquer leurs chairs et de les consumer rapidement.


Alors que le porteur du marteau essayait de passer par dessus la table afin de prendre Gerrit à revers celui ci venait d’un coup d’épaule d’envoyer quelques mètres plus loin l’orque désarmé, parant le coup d’épée du second, et d’un coup de la garde de son arme il parvint à briser la lame de très mauvaise qualité de son adversaire. L’orque qui avait été repoussé prenait son élan en se rapprochant les bras écartés pour attraper Gerrit au corps et le repousser contre le mur en direction de son compagnon au marteau. Gerrit prit appui sur le banc de droite et dans un saut agile pour son corps et son poids sauta par dessus l’orque qui prit dans son élan se heurta au torse massif du porteur du marteau. Lorsqu’il ratterit au sol Gerrit donna un violent coup de la pomme de son épée sur la tempe de l’orque à l’épée cassée, et le crac qu’il entendit lui fit comprendre que la boite crânienne de son adversaire venait de céder sous la violence du coup, il s’affaissa le cerveau touché par des éclats d’os.
Pendant que les deux orques restant se dépêtraient l’un de l’autre Gerrit se repositionna face à eux, l’épée levée et prête à frapper.
Le gros repoussa son compagnon et le rejeta en arrière ou il virevolta par dessus la table et s’écrasa dans la travée suivante se brisant la nuque en faisant une mauvaise réception.
Il avançait maintenant décidé en direction de Gerrit et celui ci remarqua dans ses yeux la lueur qu’il connaissait par ce que ses compagnons lui en avait expliqué, et il comprenait comment cet orque n’avait pas lâché son arme et qu’avec tout le sang perdu il n’était pas encore mort ou suffisamment faible pour arrêter le combat.
Gerrit savait que peu de choses pouvaient finir le combat et qu’il allait devoir se montrer plus agile que son adversaire. L’orque le marteau au dessus de la tête le fit tournoyer afin de l’envoyer de flanc dans le visage de Gerrit, il se baissa à temps et entendit siffler le marteau au dessus de sa tête, il entrevit une solution et par en dessous il se releva l’épée sous le visage de l’orque s’enfonçant sous la mâchoire et traversant entièrement le crane de celui ci l’épée rentrant jusqu’à la garde Gerrit se retrouvant entre les bras de l’orque. Celui ci ne sembla pas remarquer l’épée qui lui transperçait complètement la tête et il lâcha son marteau pour attraper Gerrit par les épaules qu’il commença à presser de toute la force de son imposante musculature.
Voyant Gerrit dans une bien mauvaise passe, le vieil homme tendit l’index et le majeur joint en direction de l’orque et incanta « Extingua-flamis-berseka » ce qui figea l’orque alors que la rage qui l’habitait l’abandonnait lentement et que son corps sombrait dans la mort que celle ci empêchait par les torrents que cette rage faisait couler dans ses veines. Ses mains puissantes devinrent molles et il relâcha Gerrit qui n’eu que le temps de se reculer prestement pendant que son corps s’affaissait en avant.
Alors que s’aidant de son talon il retirait son épée du crane du monstre, Alizia vint le rejoindre remerciant le vieil homme qui s’était rassis et qui à grand bruit finissait un potage aux légumes.
Le shaman et l’orque qui avait prit la parole s’étant volatilisés pendant la bataille, Gerrit s’assit à une table fatigué et son corps meurtris se remettant à le faire souffrir à mesure que l’adrénaline refluait de son corps.



Gerrit secoua la tête, éperonnant son cheval en direction des éclaireurs et mettant le plus de distance possible avec l’équipage afin que personne ne puisse voir les larmes qui coulaient sur ses joues au souvenir de cette période si lointaine et pourtant si vivace.


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dimanche 30 décembre 2007

La vengeance - Episode 4

Elaun city quelques instants avant l’assaut.
Un immense sous sol, dans lequel des centaines de machines ronronnent, des disques durs tournent à plein régime et des processeurs sont en état d’occupation maximale toute la journée.
Une conscience est présente et regarde des images renvoyées depuis un entrepôt de la société « CryEgg Electronics ».

-Je m’y attendais, depuis le temps que ces gêneurs cherchent la source des zones d’ombres, ils devaient bien mettre finir par loger l’un d’eux, heureusement que même les plus petits de ces lieux qui ne sont pas suffisamment protégés sont étroitement surveillés. D’ailleurs je ne suis pas mécontent d’en avoir abattu un, la température de son corps ne laisse aucun doute sur le fait que le tir a fait mouche et proprement, dommage que le second ne soit pas resté en place quelques secondes de plus enfin j’ai appris qu’on ne peut pas toujours tout avoir.
Suivons cette intervention que je repère un peu leurs techniques.


L’arme fut la première cible d’un tireur embusqué et toute la protection du bâtiment s’envolait avec cette arme désormais sans aucune utilité.


-Bien, le programme de visée est au point, les cerveaux moteurs fonctionnent correctement aussi, et les armes sont précises, enfin si on estime qu’elles sont toutes comme celle ci. Par contre il faut peut être prévoir une protection extérieure suffisante pour protéger l’intérieur, et surtout comprendre comment l’arme a pu être repérée, peut être un système de rayons x ou un truc du genre qui verrait le métal au travers des murs, en tout cas il faut que je me méfie de ça c’est un réel point faible.


L’arme venait de tirer à nouveau sur un objet relativement important et qui aurait pu être un corps humain.


-Tiens donc un leurre, ces petits malins veulent vérifier que c’est bien grâce à la chaleur de leurs corps que les autres sont en piteux état. Mais que…


Les hommes venaient de rentrer et d’investir l’entrepôt.


-Ils ont de quoi réduire les émissions de chaleur de leurs corps, mais bon sang pourquoi je n’y ai pas pensé, si c’est possible j’aurais du imaginer qu’ils pouvaient avoir ce genre de gadgets. On ne m’y reprendra plus et je ferais désormais bien attention à ce qu’ils ne me surprennent plus avec des équipements sortis de James Bond. Vite je dois lancer la suppression de toutes les traces sur la machine qui a le logiciel de visée et le logiciel de commande du fusil, d’ici quelques secondes ça sera bon, vu leur progression dans le bâtiment j’ai le temps.


L’écran de l’ordinateur dans l’entrepôt afficha les commandes qui s’exécutaient aussi vite que le pouvait la machine, des commandes qui étaient censée rendre cette machine aussi intéressante qu’un match de go entre deux tortues victimes de pertes de mémoire. Le code arriva à son terme et l’écran reprit un affichage normal évitant que ce qui venait de se passer ne soit découvert par un visiteur incongru.


-Voilà et maintenant je vais te faire un petit cadeau mon cher Eliot, je vais insérer un petit complément pour toi et pour te donner quelques sueurs froides. Tu ne sais pas et tu ne sauras jamais que tu as toi même fait entrer le loup dans la bergerie.


C’était ce qu’il préférait, compter avec l’être humain et ses habitudes, il était si prévisible, et si étonnant parfois lorsqu’on s’y attendait le moins. En tous les cas il savait que le commando ramènerait tout le matériel en lieux sur pour l’analyser et en tirer des informations.
Il en profita pour ajouter aussi des faux documents qui étaient prêts depuis une éternité mais qui attendaient que cette cache soit découverte.
Depuis cette fameuse affaire (ndlr : voir « le piège ») il avait appris à être prudent et discret, la perte inestimable de ce qui se trouvait dans les sous sols de la maison l’avait fortement ébranlé, il avait d’ailleurs faillit en jeter l’éponge, mais la rage contre cet Eliot de malheur avait été plus forte, il avait surtout profité du fait que celui ci trop curieux et trop sur de lui avait tenté de percer le secret de ces machines et avait déjà par le passé ouvert une porte ou il s’était engouffré, profitant de l’hospitalité offerte quelques semaines avant d’en être délogé sans que jamais on ne se soit aperçu de sa réelle identité et des risques liés. C’est là que l’idée des zones d’ombres avait germée et qu’il avait commencé à trouver comment corrompre le travail d’Eliot mais il fallait reconnaître que cet homme là n’était pas vraiment du genre prévisible, et qu’il était capable de remises en question aussi spontanée que profonde, de bien rare qualités qui faisait de celui ci un adverse redoutable et respectable.
En tout cas depuis plusieurs semaines il ne pouvait plus vraiment prévoir ce que ses adversaires préparaient et c’était la raison pour laquelle il avait été surpris par cette attaque sur l’un des nœuds de son plan.
Il finit d’intégrer ses petits cadeaux dans la machine au moment même ou le commando découvrait le fusil au sol, il le fit bouger de manière plus ou moins menaçante gagnant les quelques précieuses secondes qui lui manquait.
Voilà désormais que la partie reprenait du goût et qu’il était en position de force avec la balle dans son camp.


Dans le sous sols, un bruit de ventilation se mit en route lorsque plusieurs unités de calculs augmentèrent leur charge afin de prendre le relais sur certaines procédures, les cliquetis des disques changèrent de rythme à mesure que ces unités produisaient des vers destinés à occuper ses adversaires le temps que ses petits cadeaux prennent place et commencent leur travail au sein des machines de ses adversaires. En espérant qu’Eliot était toujours aussi curieux et aussi sur de ses talents le rendant par là même peu prudent.


Il était satisfait, comme un joueur d’échec, ses plans changeaient et se muaient au fur et à mesure de la partie, mais celle ci s’avérait passionnante, il lui avait fallu du temps pour se sentir près, mais désormais il allait enfin pouvoir tenir sa vengeance, il en était persuadé.
Il fit parvenir des commandes de matériel et des ordres de mission afin que ses autres nœuds soient équipés dans les plus brefs délais de nouveaux système de sécurité et de réponse létale aux risques liés à ce que ces satanés fouineurs pourraient malgré ses précautions tirer du matériel qu’ils avaient débranchés de l’entrepôt.
Ils avaient repéré le boitier et avait cru à un système d’alarme quelconque, quelle idiotie, comment auraient ils pu savoir de toute manière, il décida d’envoyer sur place deux unités de surveillance histoire de rendre crédible cette thèse afin d’endormir leurs soupçons sur le matériel en les confortant dans leur idée et surtout pour rendre l’affaire encore plus bizarre à Eliot, il se doutait qu’il allait tenter de les analyser et serait surement extrêmement surpris de ces analyses. Mais cela faisait parti du plan, il était tellement sur de sa supériorité qu’il ne pouvait s’empêcher de glisser quelques indices à ses adversaires histoire de se sentir encore plus au dessus d’eux et de leurs capacités. Et puis on lui avait tellement bien appris qu’il était le meilleur des meilleurs, alors lorsqu’on est le meilleur on se doit d’avoir un handicap, encore une règle stupide mais obligatoire qu’il devait à son géniteur. Le genre de chose qu’on vous apprend lorsque vous êtes jeune et qui vous habite toute une vie.


Les deux unités arrivèrent sur place histoire de semer le doute dans l’esprit d’Eliot, il leur donna l’ordre d’aller visiter la zone dans son entièreté afin de simuler un travail de vigile ou de surveillance, il fallait qu’il croit que la zone était importante voir vitale et qu’elle était une perte importante pour eux. Le boitier devait maintenant attendre de retrouver une source d’énergie et un réseau disponible afin de reprendre son œuvre, il était presque sur qu’Eliot voudrait savoir et tracer ce boitier et ses dialogues, il devait le faire se comporter comme ce qu’Eliot croyait qu’il était, pour cela il allait devoir agir vite, très vite lors de sa mise sous tension et en réseau, mais il allait préparer le nécessaire près à agir à chaque seconde et lorsque le matériel serait rallumé il serait fin prêt.
Il se demandait ce qu’Eliot était en train de penser et d’imaginer, c’était l’un de ses problèmes majeur, il détestait le fait qu’il ne pouvait pas mettre les autres sur écoute ou sous surveillance aussi facilement et aussi bien que du matériel, ça laissait la porte ouverte à bien trop de choses qu’il n’aimait pas. L’improvisation n’était valable que prise dans un contexte strict dont il avait pu à l’avance mesurer et calculer à la fois les risques et les résultats. Et dans ce cas c’était totalement hors de contrôle.
Pour l’instant il ne pouvait plus rien faire sur ce dossier, il rappela ses unités, et classa l’entrepôt dans les pertes, préparant un dossier qui n’attendrait qu’un lieu d’implantation qu’il allait choisir proche de l’endroit où ses adversaires allaient rebrancher le matériel, après tout si il pouvait s’installer tout à côté de chez eux ça ne serait pas plus mal.
Il commença à dessiner les plans d’un bunker souterrain et de toute sorte de structures pouvant accueillir des unités de traitement, ainsi que des unités logistiques et diverses choses utiles à ses plans, la nuit allait surement être très longue mais après tout, son état physique lui permettait de se passer assez facilement de sommeil et puis il venait aujourd’hui de faire de grandes avancées à l’insu de ses adversaires et l’excitation d’avoir enfin quelque chose à se mettre sous la main lui insufflait suffisamment de force pour tenir le coup.


Il allait tout de même se préparer un peu de remontant histoire de ne pas se laisser envahir par la fatigue et afin de rester en alerte, il ne fallait pas qu’il sous estime le fait qu’ils avaient tout de même détectés l’un des nœuds physique et même si il n’y avait pas pensé avant, c’était tout de même un peu inquiétant. Il en profita pour lancer les procédures de vérifications sensées tester les nœuds et leur environnement à la recherche de parasites et autres risques liés à leurs forme et à leur conditions. Les tests étaient complexes et allaient surement prendre du temps, un temps qu’il allait mettre à profit pour préparer une petite surprise supplémentaire à Eliot avec un petit communiqué de presse assorti de quelques images bien senties de leur opération et de leur invitation dans ces locaux privés et protégés.
Même si personne n’était visible ou reconnaissable sur les images qu’il possédait ce serait une manière de montrer à Eliot qu’il n’avait pas le contrôle et que de toute façon quelqu’un d’autre tirait les ficelles à son insu.
Finalement les choses évoluaient encore mieux qu’il n’aurait pu l’imaginer, et il commençait à ressentir la satisfaction du travail bien fait et bien préparé.


Ralf et son équipe arrivèrent tard dans la nuit ce soir là au QG, Eliot impatient et fébrile avait fait préparer une pièce entière pour accueillir le matériel retiré de l’entrepôt, cette pièce avaient été conçues pour filtrer et analyser tout ce qui transitait sur les réseaux qui y aboutissaient, que ce soit au niveau électrique, téléphonique ou informatique. Il prit le matériel, et commença par ouvrir ce qui pouvait l’être à la recherche de mouchards ou autres dispositifs d’écoute ou de relais qui pourraient donner des indications sur qui étaient derrière tout ça, mais le matériel était très classique, presque trop, rien ne laissait penser que quelqu’un n’avait jamais mis les mains dedans depuis la fabrication du matériel, alors qu’Eliot regardait les pièces désassemblées de manière sceptique Ralf une bouteille de bière à la main semblait soucieux.


-Eliot dit moi, qu’est ce qui te chagrine sur ce matériel ?
-Il semble trop propre, et il y a quelque chose que je ne t’ai pas dis lors de ton retour…
-Ah non, ne commence pas les cachoteries tu sais très bien que ça me donne de l’urticaire, allez crache donc ton information que je te rassure de suite, et il but une grande rasade de sa canette de 50 cl.
-Et bien deux personnes sont venues visiter l’entrepôt après votre départ et il se trouve qu’ils n’avaient aucune signature de chaleur, ce qui veut dire
-Ce qui veut dire l’interrompit Ralf que soit ils sont au moins aussi bien équipés que nous, soit ce ne sont pas des humains et comme tu ne crois pas aux petits hommes vert, tu penses que nous avons affaire à quelque chose que nous ne soupçonnions pas n’est ce pas ?
-Disons que dans l’état de ce que je peux voir j’ai des doutes sur cette thèse là aussi, parce que n’importe quelle équipe à ce point équipée aurait pris le temps de faire quelques légères modifications sur le matériel, là tout est similaire à une machine de série… Je préfère prendre le temps de la réflexion, je vais laisser le matériel ici cette nuit et je verrais ce que j’en fais demain, après tout nous ne sommes pas à quelques heures près. Allons plutôt débriefer l’équipe un peu, histoire qu’ils lâchent la pression.


Alors qu’ils sortaient de la pièce Eliot trop soucieux ne prit pas la peine de retirer la fiche d’intervention qui indiquait aux techniciens en charge ce qu’ils devaient faire avec le matériel présent dans cette pièce spéciale, et alors qu’ils s’approchaient de la salle de réunion, l’un des techniciens enlevait la fiche de son support et entra dans la pièce, pestant contre celui qui avait laisser le matériel démonté sur les tables avant de sortir. Il entreprit de tout remonter avant de commencer les branchements et de mettre sous tension toutes les diverses pièces.


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jeudi 22 novembre 2007

La plus belle maison du quartier

Comme chaque année le quartier s'animait à l'arrivée des frimas de l'hiver, la saison s'approchait de la grande et merveilleuse soirée d'Halloween, tous les enfants rêvaient de leurs costumes, et lorsqu'ils se rendaient à l'école pas un seul n'avait d'autre sujet de conversation que les précédentes récoltes de bonbons et les prévisions quand à celle qui allait avoir lieu.
Stan avait choisi son costume dans un livre qui expliquait en détail comment le réaliser, sa mère qui ne travaillait plus depuis la naissance de son frère prenait à cœur de lui réaliser celui ci avec beaucoup d'attention pour lui faire plaisir.
Il faut dire qu'il était particulièrement effrayant ce costume de vampire, avec cette grande cape noire, de quoi en faire faire des frissons à tous les plus jeunes enfants du quartier, il faut dire que depuis qu'il était entré au collège il était maintenant parmi les grands.

Une autre des constantes de ce petit quartier tranquille tenait dans la décoration et la préparation des maisons du quartier, tout le monde mettait la main à la pate certains comme le monsieur du bout de la rue renouvelant chaque année le principe de la maison hantée en offrant un parcours balisé dans sa maison dont les plus anciens disaient toujours qu'il était si effrayant que certains enfants étaient morts de peur par le passé.
Cet homme si discret qui ne participait habituellement pas aux activités de voisinage avait semble t'il un réel talent pour cette fête et pour proposer une attraction originale et pleine d'émotion.
Stan avait enfin l'âge de pouvoir entrer dans cette maison et de pouvoir enfin la traverser pour y gagner d'après les plus vieux toujours les meilleures sucreries du quartier, surtout celles qui étaient les plus mérités disait on.
Alors que les préparatifs touchaient à leur fin en cet après midi de la veille de fête, Stan appela son ami Gregor dont le père un irlandais pure souche aimait à raconter que lors de leur arrivée dans le pays, ses ancêtres avaient emmenés avec eux le fantôme familial, un ancêtre particulièrement violent connu sous le nom de Carnu le sanglant qu'il mettait en scène chaque année dans des décorations improbables.


-Gregor c'est moi, tu as fini d'essayer ton costume?
-Oui, il me va comme un gant, c'est une super réussite et toi alors?
-Moi aussi, maman a fait des miracles je dois dire, et dis moi pour demain tu as toujours le droit de sortir? Parce que depuis que Miss Mandelous a disparu certains parents sont réticents à nous laisser sortir demain soir.
-Non ça va mes parents m'ont dit que c'était une marginale et qu'elle avait surement suivi n'importe quel motard pour aller se droguer plus loin, d'après eux ce n'est pas si mal qu'elle ne soit plus là beaucoup de gens en avaient peur.
-Moi je l'aimais bien, et puis elle était ma baby sitter et crois moi qu'elle n'était pas plus marginale que toi ou moi. Enfin pour moi non plus pas de problème on a qu'à dire rendez vous à 8h00 devant la première maison de la rue et on finira par l'attraction principale?
-Ok ça marche pour moi à demain alors!


Stan raccrocha le téléphone, Cindy Mandelous était peut être différente il n'empêche qu'elle s'était toujours très bien occupé d'eux, il adorait regarder ses tatouages, il faut dire que la jeune fille en avait plein le corps, des petits, des grands, un qui lui faisait le plus peur était la grande toile d'araignée qu'elle avait sur le bras et dans laquelle une araignée aux yeux rouge semblait attendre sa proie.
On ne pouvait pas dire qu'il était inquiet pour elle, mais il ne comprenait pas ou la jeune femme avait pu passer, cela faisait déjà quelques jours que personne n'avait eu de ses nouvelles, mais après tout elle avait déjà par le passé disparu comme ça et comme elle vivait seule sans famille à proximité il était toujours difficile de savoir ce qu'elle faisait.
Stan replia sa cape pour le lendemain, il descendit à la cuisine prendre un verre d'eau fraiche et retourna se coucher pour être en forme le lendemain, la soirée allait être riche en émotions surtout si les diverses histoires qu'on racontait sur la maison hantée étaient vraies.


Une fois maquillé par sa mère Stan ressemblait vraiment à un vampire, ses parents qui s'étaient aussi déguisés pour l'occasion le prirent en photo comme il était de mise depuis qu'il avait fait sa première sortie d'Halloween dans le quartier. Puis après les recommandations d'usage, et la promesse de rentrer avant la nuit noire, il sortit pour rejoindre son ami Gregor au bout de la rue, la soirée était fraiche, un petit vent frais et agréable lui donnait la chair de poule.
Il ne cessait de toucher ses cheveux de peur que le gel que sa mère avait mis ne tienne pas et que sa coupe "vampire" s'affaisse comme un soufflet retombé. Il aperçu Gregor en grande discussion avec un enfant plus jeune, ils étaient en train de s'échanger des friandises.


-Mais je croyais que tu m'attendais pour faire les maisons?
-Oh mais c'est ce que j'ai fait, mais figure toi qu'en partant j'ai chipé quelques bonbons à mes parents histoire de ne pas arriver les mains vides et j'ai bien fait maintenant j'ai plusieurs barres de ce succulent chocolat que je n'aurais pas eu autrement.


Et il exhiba à Stan trois barres chocolatées emballées.


-Bon alors on y va monsieur le Vampire!
-Oui monsieur le fantôme irlandais.
-Ha mais non mais non je suis un fantôme c'est sur mais pas irlandais du tout, je suis un fantôme extraterrestre ça fait encore plus peur tu ne trouve pas?
-Oh si tu as raison, lui sourit Stan.


Le ramassage des bonbons allait bon train, mais l'un comme l'autre ne pouvait s'empêcher de remarquer qu'aux abords de la grande maison ça hurlait et ça courait dans tous les sens visiblement, l'attraction était encore une fois réussi cette année.
Lorsqu'ils arrivèrent près de la maison Stan vit que le monsieur qui habitait là tenait un papier sur lequel il rayait les noms des enfants qui étaient entrés, et lorsqu'ils s'approchèrent ils regardèrent la liste qui contenait tous les noms des enfants en âge de rentrer visiter la maison.
Stan et Gregor malgré le froid de la nuit étaient tellement excités qu'ils ne tenaient pas en place, mais ce n'est que lorsque deux enfants très pales sortirent de la maison que le monsieur leur donna l'autorisation de rentrer.


La lumière tamisée ne laissait pas voir grand chose, mais apercevoir ou deviner des dizaines de formes toutes plus effrayantes les unes que les autres, les deux jeunes gens s'étaient rapprochés l'un de l'autre sans s'en rendre compte, un squelette grimaçant pendait devant une fenêtre sombrement recouverte d'un lourd tissus noir, il n'était pas en plastique comme ceux qu'on pouvait voir sur les maisons, il semblait plus lourd, il pendait d'ailleurs à deux lourdes chaines enchâssées dans le béton du mur.
Une bougie carmin illuminait ses orbites depuis l'intérieur de son crane ou la flamme vacillante dessinait des formes à la fois envoutantes et repoussantes.
Les deux enfants avancèrent lentement dans la maison, le sol semblait spongieux, mais lorsque les enfants regardèrent ils ne virent qu'une moquette épaisse qui était peut être imbibée d'eau. Le parcours était fléché et des étapes étaient indiquées aux participants.
Une grande vasque semblait contenir des yeux, un panneau au dessus indiquait que ce n'était pas à manger et que ça n'était que de la décoration, mais que par contre le bol remplis de petites araignées était à disposition pour se servir.
Chacun des enfants pris une des araignées et avança plus avant dans la maison, une tenture avait été tirée pour séparer le salon en deux et les deux enfants durent pousser le lourd tissus afin de se glisser dessous et de se retrouver dans la deuxième partie de la pièce, ils sursautèrent de concert à la vue de celle ci.
Ce qui semblait être un mannequin était crucifié sur un immense pilonne en bois sculpté qui représentait des formes animales. Le corps était enveloppé dans une robe de bure avec la capuche relevée qui cachait entièrement le visage du montage. Mais la robe était entrouverte sur le devant du corps et un torse d'homme très bien imité était ouvert en une longue et sanguinolente cicatrice qui partait du bas du ventre pour remonter jusque sur la poitrine.
Diverses choses avaient été installées dans l'ouverture pour faire croire aux entrailles qui auraient pendus du corps éventré. Un sceau était posé en dessous qui recueillait ce qui semblait être du sang, et qui perlait par un mécanisme surement complexe de la blessure et de l'attirail.
Les enfants ne voyaient pas bien les détails un rideau léger et presque transparent était tendu devant le mannequin surement pour ne pas rendre la scène trop effrayante. Une forte odeur d'encens flottait dans la pièce et une fumée acre leur piquant les yeux les fit se presser de continuer leur parcours non sans prendre quelques bonbons en formes de dents de vampires sur une table.


Ils traversèrent la cuisine sans encombre, la porte arrière de la maison ouvrant sur le jardin des enfants qui n'avaient pas pu continuer la visite prenait l'air dehors au frais, respirant et tentant d'oublier les scènes de la maison.
Stan très pale regarda Gregor, et d'un commun accord ils décidèrent de faire une petite pause dans le jardin quelques instants avant de continuer la visite.


-Et bien c'est vraiment aussi impressionnant que ce que l'on m'avait dit soupire Stan.
-Tu parles j'ai cru que je me faisais pipi dessus après la tenture, c'est vraiment horrible, je n'ai jamais rien vu d'aussi bien fait, tu crois qu'il travaille dans les films d'horreurs pour faire les maquillages?
-C'est possible, tu sais on ne sait pas grand chose de lui, parfois il disparait plusieurs jours et revient, peut être qu'il fait des décors pour le cinéma, tu as raison ça doit être ça, ce qui explique le détail et la mise en scène qui est particulièrement réussie il faut l'avouer.
-En tout cas je ne sais pas combien il y a encore de pièces à faire mais je ne sais pas si je vais y arriver... Allez on y retourne, plus vite on finit et plus vite on rentre.
-Oui tu as raison, je ne suis pas rassuré non plus.


Stan et Gregor rentrèrent dans la maison, un panneau indiquait que la suite se passait à l'étage, le couloir était sombre et drapé de noir, une porte ouverte sur le côté était indiquée par une flèche en carton.
La mise en scène suivante était aussi réussie et les deux enfants commençaient à réellement avoir peur, une femme à genoux, nue mais entièrement recouverte d'une substance sombre avait un bras arraché et autour d'elle, deux gros molosses à moitié squelettiques, aux chairs ravagées et à l'ossature apparente lui montraient les dents.
Là encore la scène était tellement fort et horrible qu'un léger voile rendait floconneux la vision de manière à ne pas voir tous les détails.
Stan ne pouvait s'empêcher de regarder cette femme, son visage grave et figé était si doux, il avait l'impression qu'elle allait se mettre à parler, et il avait une autre impression plus forte encore, qu'il n'arrivait pas à expliquer, il était touché et son cœur se mit à battre plus fort.


Les deux enfants se hâtèrent de sortir de la pièce, et ce n'est que dans le couloir alors qu'ils arrivaient devant la porte suivant que Stan compris ce qui l'avait touché, et il ne put contenir les spasmes qui montèrent en lui alors qu'il vomissait sur le tapis du couloir en sanglotant.
Gregor qui ne comprenait rien, pensant que son ami avait eu trop peur, passa sa tête sous son bras et en l'épaulant ainsi le fit sortir de la maison pour qu'il reprenne ses esprits, en passant devant le monsieur Gregor s'excusa pour Stan qui venait de vomir à l'étage dans le couloir. Le monsieur ne sembla pas étonné et mettant une chaine pour empêcher les enfants de rentrer avec un panneau indiquant qu'il allait revenir, il disparu à l'intérieur.
Une fois dehors Stan dont les parents prévoyants lui avaient demandés de prendre un téléphone portable le sortit et appela police secours.


Plus tard dans la soirée, la maison entourée de véhicule de police et de secours tous gyrophares allumés rayonnait de lueurs rouges et bleues mélangées qui contrastaient avec la noirceur de l'intérieur.
Des policiers avaient tirés de nombreuses bandes jaunes tout autour de la maison, et l'agitation qui régnait dans le quartier rendait tout le monde surexcité.
Le monsieur sorti de la maison encadré par deux policiers, les mains dans le dos, menotté, il fut installé devant le porche alors que sortait des civières sur lesquelles de grands sacs noirs semblaient contenir des corps comme dans les films.


-Mais tu as vu quoi là haut?


Stan qui n'avait pu parler depuis le coup de fil à la police indiquant qu'il savait ou se trouvait une de ces voisines et indiquant qu'elle était mise en scène dans une maison du quartier comme attraction, se retourna vers ses parents et la famille de Gregor.


-Tu sais la femme et les chiens en haut?
-Oui et bien?
-Il me semblait la connaitre, et en sortant il y avait ce bras sectionné, qui goutait du sang dans un récipient près de la porte suivante tu te souviens?
-Oui bien sur mais alors?
-Et la femme avait un bras en moins?
-Oui mais je ne comprends pas...
-C'était ma baby sitter, et elle aimait me montrer ses tatouages, et le bras dans le couloir...
-Avec la toile d'araignée et l'araignée aux yeux rouges?


Stan lui sourit faiblement, pas besoin d'en dire plus de toute façon, la plus belle maison du quartier resterait et pour longtemps la maison de l'horreur.


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samedi 27 octobre 2007

La malédiction de Nishram - Episode 12

La lune venait tout juste de pointer au dessus de la colline et Norbert Dentrefer n’était pas encore rentré, Silvia sa femme n’avait pas l’habitude de s’inquiéter pour si peu mais au village voisin les rumeurs parlaient de gens qui auraient croisés des monstres dernièrement, bien sur la plupart des rumeurs n’étaient surement pas fondés, mais comme on disait il n’y avait pas de fumée sans feu.
Leur jeune fille jouait dans le jardin, elle courait en zig zag tenant à la main une poupée de chiffon abimée et la faisant voleter autour d’elle en riant. Silvia la regarda en souriant, ils n’étaient peut être pas riches, mais ils avaient une vie agréable tous les trois. Elle tapota son ventre rebondie, tous les quatre plutôt, en espérant qu’enfin celui ci serait un petit homme, afin de faire plaisir à son mari. Elle regarda encore une fois en direction du chemin et comme elle ne le voyait toujours pas arriver, elle décida d’aller finir de préparer le repas qui cuisait lentement dans la cheminée de la maison. Elle s’approcha de la table et se servit un verre avec l’eau que contenait la cruche en terre presque vide.

-Alizia ma chérie, veux tu venir ici s’il te plait ?
-Oui maman, qu’est ce qui se passe t’il ?
-Tiens veux tu bien aller chercher de l’eau au puits pour quand papa rentrera ?
-Je peux y aller avec Zoé ?
-Mais oui bien sur, emmène Zoé avec toi mais dépêche toi s’il te plait il va bientôt faire nuit noire et je n’aime pas te savoir dehors quand il est tard.
-Oui maman, promis maman ! Allez Zoé, prend le pot à eau et vient avec moi.


La petite fille fit semblant de faire prendre le pot à sa poupée de chiffon et sortit en courant. Le puits était éloigné de la maison, mais la lune qui était bien brillante lui laissait voir parfaitement le sol, elle se mit à marcher plus lentement à mesure qu’elle s’éloignait de la maison et qu’elle entendait des bruits étranges, les bruits que la nature faisait autour d’elle et qui ne la rassurait pas.


-Zoé il faut que tu fasses bien attention à ne pas faire tomber le pot à eau, et puis tu sais ce que dis papa, il faut faire attention si tu entends un grognement, ou un raclement, ça peut être un animal sauvage.


A mesure qu’elle avançait et qu’elle parlait à sa poupée, le son de sa voix se faisait de plus en plus étouffé, elle avait du mal à respirer, se sentant oppressée. Elle n’aurait su dire pourquoi, mais quelque chose n’allait pas. Elle s’arrêta, écoutant attentivement autour d’elle la nuit, elle se retourna et regarda en direction de la maison, les fenêtres et la porte laissaient échapper la lumière qui coulait comme un torrent d’or par toutes les ouvertures, des volutes de fumée épaisses s’échappaient de la cheminée, Alizia vit l’ombre de sa maman passer près d’une des fenêtres et se sentit tout de suite plus rassurée, elle se retourna à nouveau en direction du puits.


-Maman elle a fait un ragoût tu sais, parce que papa il aime beaucoup très fort le ragout.


Elle n’avait plus peur et ne se rendit pas compte que la nature autour d’elle était finalement bien silencieuse par rapport aux quelques minutes précédentes. A mesure qu’elle approchait du puits, le chemin devenait plus sombre, et elle trébuchait parfois sur des petits cailloux qu’elle ne voyait pas.


-Tu sais zoé, heureusement que je suis une grande fille maintenant parce que sinon j’aurais peur du noir et on ne pourrait pas remplir la cruche.


Enfin elle s’arrêta à côté du puits, elle fit tourner la manivelle qui grinça de colère qu’on la dérange à une heure si tardive comme un chat qu’on réveille de sa sieste. Le seau d’eau arriva enfin par dessus la murette, et la petite fille sur la pointe des pieds l’attrapa et le tira pour le poser sur celle ci. Elle y introduisit le pot et le remplit en faisant attention de ne pas mettre les mains dans l’eau. Sa maman n’aimait pas qu’elle laisse ses mains tremper dans l’eau car ensuite ses manches mettaient un temps fou à sécher.
Lorsqu’elle eu remplir la cruche, elle repoussa le seau qui redescendit dans le puits tandis que la manivelle couinait à mesure que la corde se déroulait de plus en plus rapidement.
Mais elle était déjà parti en direction de la maison et n’entendit pas le son mat que fit le seau en touchant quelque chose au fond du puits alors qu’il aurait du normalement plonger dans l’eau claire.


Le chemin du retour fut plus rapide, la petite rassurée par la lumière de la maison et les ombres qu’elle voyait bouger à l’intérieur, elle devinait que son papa et sa maman devaient être en train de l’attendre, alors elle demanda à Zoé d’avancer plus vite.


-Tu sais Zoé papa doit être revenu, il a surement emmené à maman des tas de choses qu’on mange pour que maman fasse des bons petits plats. Je vais lui dire que je l’aime fort et qu’il nous a manqué hein qu’est ce que tu dis ? Tu veux qu’on lui fasse un gros câlin ?


A mesure qu’elle avançait sautillant légèrement, le cœur remplit de joie, elle voyait de mieux en mieux les lumières de la maison, et elle sursauta lorsqu’elle eu l’impression qu’une étrange tête poilue comme celle d’un rat gigantesque venait de se pencher à la fenêtre de la maison reniflant l’air comme cherchant à trouver quelque chose.


-Zoé tu crois que papa a des invités ? Je n’ai jamais vu ce monsieur avant. Vient Zoé on doit faire attention comment on est habillées.


La petite fille posa la cruche par terre et commença à lisser sa robe de manière à être plus présentable, elle fit de même sur sa poupée, ne regardant pas ce qui se passait vers la maison.


Le gobelin ressorti la tête à la fenêtre, il renifla à nouveau espérant sentir l’odeur de l’humain manquant, mais le vent soufflait dans le mauvais sens, et il n’arrivait pas à sentir quoi que ce soit, il se retourna.


-Il n’y a pas d’autre humain ici, dit-il à un orque qui était assis à la table de la maison, les pieds croisés posés sur celle ci.
- Si il manque quelqu’un, regarde par là, tu vois ces petites pièces de tissus ? Elles appartiennent à l’un des leurs, si nous ne voulons pas être mis dehors à la première heure demain, crois moi nous devons tout nettoyer parfaitement.
-Je vais voir si Spurlz a eu plus de chance que nous alors.
-Oui mais dépêche toi, je détesterais devoir sortir mon arme moi même. Et envoie moi ton outre de vin s’il te plait.


Le gobelin lança son outre sur la table, elle y atterrit dans un bruit flasque le cuir la composant ondulant au gré du liquide contenu. Puis il sorti par la porte de devant tournant en direction du chemin à l’opposé de la petite fille.


-Voilà Zoé, tu as maintenant une robe bien propre, on va pouvoir aller voir maman et papa


Silencieusement de manière à faire une surprise à son papa et sa maman, la petite fille approcha de la maison, se pliant légèrement en deux pour passer sous la fenêtre de manière à ce que sa maman ne puisse pas la voir passer. Elle avait le sourire des enfants qui préparent une grande surprise amusante en faisant peur à leurs parents. Lorsqu’elle fut à l’angle de la porte, elle s’arrêta, respira silencieusement et pris son élan, puis tenant toujours fermement Zoé et la cruche elle fit un pas de côté prête à hurler coucou quand elle se figea sa bouche ouverte sur un cri silencieux et les traits démesurément coincés dans une attitude de surprise, d’incompréhension et d’horreur. Le corps de sa maman gisait par terre prêt de la table, un liquide poisseux et sombre répandu autour d’elle et semblant s’étendre lentement comme si il coulait de quelque part sous le corps de sa maman.


Elle ne vit pas l’orque sur la chaise les pieds sur la table et la chaise en équilibre sur ses deux pieds arrière tout comme il ne vit pas la petite fille trop occupé à boire en lentes succions le contenu de l’outre, faisant un bruit grossier à mesure que le liquide poivré et enivrant coulait dans sa gorge et le long de son menton maculant ses vêtements déjà bien sales.
La petite fille lâcha le pot à eau qui se brisa en morceaux dans un bruit mat en atteignant le sol rugueux de la petite maisonnette, le liquide épais et sombre semblable à celui qui se trouvait sous sa maman gicla de l’intérieur du pot et éclaboussa le sol ainsi que les meubles et que la robe de la petite fille. Lorsque l’orque entendit le pot, il sursauta et la chaise bascula en arrière, l’orque tentant par tous les moyens de se rattraper à la table et dans les mouvements erratiques de ses mains il pressa l’outre qui répandit du liquide sur lui et sur la table, des gouttelettes se répandant en ligne droite jusqu’à la petite fille.
Lorsqu’il heurta le sol, son crane frappa violement une pierre enterrée dans la terre battue composant l’intérieur de la petite maison.
Sans réfléchir la petite fille toujours en train de tenir sa poupée se retourna et couru dans le noir de la nuit en direction de la seule cachette qu’elle pouvait imaginer à son âge et que son papa lui avait interdit d’approcher ou d’utiliser, elle ne savait pas si sa maman allait se réveiller ou pas, mais elle savait que lorsque son papa serait de retour, il irait surement la chercher là bas, elle trébucha plusieurs fois les yeux baignant dans des larmes qui l’aveuglaient, essayant d’empêcher les sanglots qui montaient dans sa gorge de sortir et de trahir sa position à l’ignoble monstre qu’elle avait vu dans la cuisine.
Elle arriva près de sa cachette et essaya de faire le moins de bruit possible afin de préparer celle ci pour pouvoir se cacher le plus surement possible, lorsqu’elle pu enfin s’y installer, sa poupée lui échappa des doigts et tomba sur le sol, mais déjà elle se trouvait trop loin pour tenter de la ramasser et pleura en silence lorsqu’elle s’immobilisa enfouissant sa tête dans sa robe tachée du liquide foncé qui venait du pot à eau qui s’était brisé et du vin épicé de la bête.


Lorsque le gobelin revint dans la pièce il tenait à la main une poupée de chiffon, il vit l’orque au sol et paniqua, il sortit son glaive et se retourna rapidement pour visualiser tous les recoins de la pièce, mais à part le cadavre au sol il ne voyait pas qui avait pu faire tomber son supérieur aussi lourdement sur le sol. Il se rapprocha et vit que celui ci semblait respirer et qu’il ne devait être que sonné. Il lui tendit la main lorsque celui ci sembla faire un mouvement dans sa direction.


-Que s’est il passé ?
-Tu le vois bien imbécile, je suis tombé de cette chaise bêtement, j’ai eu peur en voyant la petite fille qui se trouvait sur le seuil de la maison.
-Quelle petite fille ? Ho regardez ce que j’ai trouvé dehors assez loin de la maison dans la direction des collines.
-Et bien je crois qu’elle a du avoir aussi peur que moi, en effet je reconnais la poupée qu’elle tenait à la main, en tout cas ça y ressemble, et tu n’as pas vu la fillette, ni aucune trace d’elle n’est ce pas ?
-Non rien du tout et Spurlz n’a rien vu non plus depuis qu’il est en poste.
-Parfait parfait, alors nous voici installé au moins pendant quelques jours le temps de vider les vivres de cette famille, je ne voudrais pas que la petite fille réussisse à survivre dans les collines et revienne avec des renforts pour nous déloger. Tu peux aller dire à Spurlz que nous montons le camp ici, il peut rapprocher nos montures et servir le repas, il semble que notre charmante hôtesse nous a concocté un délicieux repas auquel il faut faire honneur.


Elle ne sut pas combien de temps avait passé, mais elle entendit des cris et des bruits métalliques, ainsi que des voix humaines qui semblaient être en grand nombre. Elle regarda le ciel et vit qu’il faisait jour, elle avait du s’endormir d’épuisement, et trembla en repensant à ce qu’elle avait vu le soir précédent, elle pensa tout de suite que son papa avait du rentrer avec des gens qui devaient être en train de soigner sa maman et de chasser les monstres. Elle attendit que le vacarme des combats cesse et lorsqu’elle s’aperçut que les voix étaient toujours humaines elle su qu’elle pouvait appeler à l’aide, ce qu’elle fit aussitôt, sa robe poisseuse du liquide que contenait le seau dans lequel elle avait pris place le soir précédent lui collait à la peau, et elle était tellement épuisée qu’au début seul quelques bruits parvinrent à sortir de sa bouche, puis prenant de l’assurance et sachant qu’elle ne pouvait s’en sortir qu’avec de l’aide, elle se fit violence et commença à crier, le volume de sa voix montant en force et en violence à mesure que tout ce qu’elle avait emmagasiné en elle depuis le soir précédent cherchait à sortir pour exorciser l’horreur de la situation, son cri se transformant en un hurlement désespéré lorsqu’enfin elle réalisa que ce liquide qu’elle n’avait cessé de voir depuis son retour dans la maison n’était autre que du sang et qu’elle comprit que sa maman n’avait pas pu continuer à vivre en ayant perdu autant de ce précieux liquide, ses larmes se mêlant à sa voix dans un cri qui résonnait sur les murs en pierres du puits dans lequel elle avait trouvé refuge.


Un homme de la garde royale entendit tout d’abord un étrange petit cri puis il entendit le hurlement, pensant à une banshee ou un shaman ennemi, il s’approcha lentement et avec précautions de la margelle du puits, d’où semblait provenir les cris, il ne pouvait pas voir dans le fond qui s’y trouvait mais il sut lorsqu’il fut la tête au dessus de celui ci, que le cri ne semblait pas être du à un ennemi quelconque. Il commença à enrouler la corde du seau de manière à le faire remonter, les cris ne cessèrent que lorsque le seau fut quasiment sorti et il faillit lâcher la corde et laisser le seau retomber dans le puits lorsqu’il aperçut cette petite fille recroquevillée dans celui ci et couverte des pieds à la tête de sang.


-Angus, fait venir le mage de combat s’il te plait, j’ai ici une petite fille couverte de sang et en état de choc, je crois qu’elle a du voir des choses qu’elle n’aurait jamais du…
Regarde moi petite, je suis un gentil, je m’appelle Eldricht je suis garde du roi tu vois mon tabard avec le gryphon et le couronne ? Ce sont les armoiries royales, tu n’as plus rien à craindre, il faut que tu te calmes d’accord ?


Pour toute réponse la petite fille qui avait cessée de pousser des cris, sanglotait avec force, son dos vouté pendant qu’elle se tenait les genoux entre les bras était agité de soubresauts à chaque fois qu’elle pleurait.
Un homme plutôt mince et pas très grand s’approcha d’elle, il tenait à la main sa poupée qui n’avait jamais semblait aussi propre et belle que ce jour là, il lui tendit et alors qu’elle la touchait, des filaments d’or et d’argent sortirent de la poupée et elle se rendit compte que ses mains ainsi que sa robe avaient repris les couleurs de la propreté.


-Tu as une poupée qui connaît quelques tours de magie intéressant lui dit l’homme.


Puis il lui appliqua la main sur le front lentement et comme si on avait démêlé son esprit, elle se sentit apaisée, et calmée, se rappelant tout ce qui s’était passé, mais n’éprouvant plus ni la peur, ni la colère, ni l’horreur de la situation. L’homme posa son front contre le sien et ferma les yeux puis il la prit dans les bras et alla la poser à l’ombre d’un pommier, demandant à Eldricht de bien vouloir la surveiller.
Il retourna près du puits et comme il venait de voir le sang qui avait giclé du pot à eau il regarda le seau qui contenait encore du sang et se penchant par dessus la margelle, il fit quelques mouvements de ses mains en les joignant au dessus du trou, comme deux ailes d’un oiseau tentant de s’envoler, quelques secondes après quelque chose remonta du fond du puits, voyant avec horreur ce que c’était il dessina une lune étincelante du bout de son index gauche en psalmodiant quelque chose et tout ce qui l’entourait sembla plongé dans une nuit noire et profonde.
Il déposa le corps de l’homme sans vie à côté du puits et sortit du globe de ténèbres pour être visible.


-Eldricht, est ce que vous avez une seconde mon ami ?


Eldricht s’approcha et le mage lui parla quelques secondes à l’oreille, puis il repartit vers la petite fille qui lui avoua qu’elle avait une tante qui vivait dans un petit village assez proche de la maison. Il fut décidé qu’elle serait confiée à celle ci, puisque plus personne ne pouvait s’occuper d’elle ici.


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