jeudi 29 août 2013

A mourir de peur

L'inspecteur Roussel n'arrivait plus à supporter cette enquête. Plusieurs semaines d'une traque impossible et toujours aucun indice permettant d'identifier le coupable. Lorsque le premier appel était arrivé, il avait d'abord cru à un vulgaire accident. Un homme qui se retrouve enfermé dans une cave sombre et inutilisée depuis de nombreuses années ça peut arriver. Si l'homme en question est arachnophobe et que la cave est remplie de ces charmantes petites bêtes on peut imaginer la terreur qui a déclenchée la crise cardiaque fatale. Un banal concours de circonstances comme on dit. Malheureusement cette affaire n'était que le début d'une suite de morts inexpliquées et inexplicables dans lesquelles il ne trouvait plus ses petits. Le suivant sur la liste ressemblait lui aussi à un vulgaire accident. La femme qui avait trouvé la mort dans un ascenseur en panne alors qu'elle était claustrophobe ça n'avait aucune raison d'arriver sur son bureau. Ce qui avait mis la puce à l'oreille de sa hiérarchie était qu'il n'y avait strictement aucune trace ou empreinte sur les boutons de l'ascenseur ce qui dans un immeuble de bureau est on ne peut plus suspect. De plus la jeune femme avait fréquenté le même établissement que l'homme de la cave. C'était suffisant pour diligenter une enquête un peu plus approfondie. De plus les deux "accidents" n'étaient séparés que d'une semaine jour pour jour. Et presque heure pour heure quant à la découverte des cadavres.

Roussel se frotta les yeux. Le scintillement de son écran d'ordinateur le gênait. Dans son bureau aux stores fermés il essayait de trouver un lien entre toutes les affaires qui commençaient à s'empiler dangereusement. Depuis plusieurs jours il n'arrivait plus à trouver le sommeil. Il lui fallait découvrir le lien, coûte que coûte. Mais même le café commençait à ne plus faire effet face à son état de fatigue. Attrapant une de ses agaçantes balles antistress, il commença à la triturer en tentant de faire le point une fois encore.

Le troisième mort était déjà un peu plus curieux. L'homme avait été attaché avec des cordes, allongé dans une chambre froide. Le meurtrier avait coupé le thermostat et avait déversé des litres de sang tout autour de la victime. Roussel avait découvert ce jour-là l'hématophobie ou peur du sang. Il n'avait jamais imaginé qu'on puisse mourir simplement d'une crise aigüe à cause de quelques litres de sang. Mais il semblait que celui qui était derrière tout ça savait très bien ce qu'il faisait. Même mieux, il avait choisi ses victimes spécifiquement en sachant qu'elles pouvaient mourir de ces crises de phobie. Ce qui signifiait que la personne derrière tout ça devait les avoir connu lors de leurs séjours médicaux par exemple. Mais après avoir croisé et recroisé toutes les listes du personnel et fait des enquêtes minutieuses, il n'avait toujours pas trouvé la moindre preuve venant étayer ses réflexions. D'autant plus que les rares membres du personnel qui étaient communs avaient de très sérieux alibis pour la plupart des meurtres. Bien entendu il avait fouillé aussi la vie personnelle des trois victimes, mais rien ne pouvait les relier. Et l'affaire prenait de telles proportions à ce moment-là que ses supérieurs lui demandèrent de mettre les bouchées doubles pour essayer de la résoudre.

Lorsqu'arriva la description de la mise en scène du quatrième meurtre il se rendit compte qu'il avait affaire à ce que les médias nommaient un tueur en série. Trop de similitudes, et pourtant encore une fois une scène qu'on ne pouvait imaginer à moins d'avoir un esprit tordu… La femme avait été trouvée ligotée dans un studio d'enregistrement. Un casque hors de prix sur les oreilles passant en boucle des bruits de tonnerre. Ses yeux avaient été bandés avec une lanière de tissus épaisse de manière à ce qu'elle n'ait aucun repère visuel. Son cœur là encore avait probablement lâché après une crise violente à en croire les meurtrissures que les liens avaient faits sur sa peau. Ce jour-là il avait découvert une nouvelle phobie qu'il ne connaissait pas. La brontophobie. Comment pouvait-on avoir à ce point peur du simple bruit du tonnerre? A mesure que les cadavres s'empilaient sur son bureau son incompréhension allait grandissante. Qu'est ce qui pouvait un jour décider un homme à tuer ses victimes en poussant celles-ci dans les limites de leurs peurs.

Roussel sursauta. Il devait s'être assoupi un instant quand le téléphone vint le cueillir. Ces derniers jours le téléphone n'était pas l'objet qu'il appréciait le plus. Chaque fois qu'il sonnait c'était pour lui annoncer une nouvelle victime ou pour se faire remonter les bretelles. Dans tous les cas rien qui ne le remplissait de joie. Décrochant en soupirant il lâcha un allo des plus désabusé. Son attention revint instantanément lorsqu'on lui répondit. Claquant le combiné, il se leva d'un bond en attrapant sa veste et son revolver. Peut-être que le tournant de toute l'affaire venait enfin d'arriver. Passant la tête sans frapper dans le bureau de son collègue il le héla pour qu'il le suive sans plus attendre et s'engouffra dans le couloir du commissariat en direction de l'escalier principal. Arrivé à l'étage inférieur il entendit les ahanements rauques de son partenaire se rapprocher. Sans se retourner il lui fit part des dernières informations qu'on venait de lui communiquer. L'inspecteur Meluen s'arrêta dans sa cavalcade comme frappé de stupeur. Puis reprenant sa course il se mit à hauteur de Roussel sans arriver à parler.

Installé au volant de leur voiture Roussel reprit avec son acolyte les détails des différentes affaires. Meluen qui avait pris en cours de route se souvenait avec précision de la cinquième victime. Un homme qu'ils avaient retrouvé pendu à une sorte de palan au-dessus d'une piscine. Un moteur actionnait la corde et plongeait le corps régulièrement dans l'eau avant de le ressortir quelques instants après. Sa peur de l'eau avait eu raison de son cœur à l'instar des autres victimes. Tout comme celui retrouvé dans un vivarium rempli d'iguane et de reptiles non venimeux. Mais d'après les informations qu'il venait d'avoir, ils avaient surtout manqués certains détails sur les scènes de crime. Concernant les premiers ça n'était pas si étonnant vu que tout portait à croire à des accidents malencontreux. Par contre il commençait à pester contre les équipes qui avaient ratissées les scènes suivantes.

Une fois sur place Roussel sorti précipitamment de la voiture pour rentrer dans l'entrepôt. Une équipe était en train de passer au peigne fin la chambre froide de la troisième victime et l'un des hommes en combinaison intégrale s'approcha de lui pour le stopper. Il lui tendit la pochette plastique contenant le morceau de papier déchiré. Roussel le tendit en hauteur pour que l'ampoule qui pendait à un fil électrique au-dessus de lui l'éclaire par transparence. Il découvrit alors ce qu'on lui avait indiqué au téléphone. Le morceau de papier loin d'être un reste d'emballage comme il avait semblé de prime abord ressemblait plutôt à une affiche qui aurait perdu toute sa couleur à force de rester au soleil. Mais on pouvait encore presque lire quelques caractères imprimés. Meluen arrivé près de lui retira ses lunettes et tenta de lire les petites lettres.

- On dirait une affiche de cirque, ou de spectacle, enfin quelque chose avec un horaire dessus.

- En effet, mais ça semble particulièrement vieux. Par contre voilà un indice de choix. Il faut refaire examiner tous les lieux où les victimes ont pu être découvertes. Et vite, demain nous aurons probablement sur les bras un nouveau corps…

Roussel et Meluen retournèrent au commissariat confier le morceau de papier au service qui pourrait leur en apprendre un peu plus. Meluen s'installa sur l'angle du bureau de Roussel pendant que celui-ci faisait déplacer des équipes sur les autres lieux. Feuilletant les dossiers il survolait les informations qu'il avait déjà lu maintes fois espérant qu'un détail lui sauterait aux yeux. Malheureusement rien ne semblait vraiment pouvoir relier tous les meurtres entre eux sauf le mode opératoire et la mort toujours provoquées par une panique telle que le cœur des victimes avait cessé de battre. Retirant ses lunettes pour les essuyer Meluen afficha son manque de nouvelles idées d'un mouvement d'épaule et retourna dans son bureau. Roussel ferma les yeux quelques instants priant pour que le lendemain ne vienne pas ajouter un nouveau cas et pour que les fouilles des scènes de crime révèlent enfin des indices précieux.

Après avoir pris une bonne nuit de sommeil, Roussel arriva très tôt à son bureau. Sur son téléphone le voyant indiquant les messages clignotait de manière hiératique. Posant sa veste sur la patère à l'entrée il appuya sur le bouton avant même d'avoir retiré son arme de service de sa ceinture. Les messages s'enchainaient indiquant que des pièces supplémentaires du puzzle de papier avaient été trouvées sur chacun des lieux où les victimes étaient mortes. Maudissant le travail des équipes scientifique il descendit au labo voir si quelque chose était sortie durant la nuit. Regardant dans l'entrebâillement de la porte du bureau de Meluen il vit que celui-ci n'était pas encore arrivé et se dirigea seul vers l'ascenseur qui menait dans les profondeurs souterraines du bâtiment. Il n'entendit pas le dernier message de son répondeur qui lui demandait de se rendre en urgence sur les lieux d'une nouvelle victime du tueur.

Alors qu'il pénétrait le sas d'accès du laboratoire il remarqua l'un des assistants couché sur une banquette, épuisé. Saisissant le code d'accès il se rendit directement vers le bureau du responsable qui leva les yeux de son écran lorsqu'il toqua à la porte.

- Entre donc Roussel, j'ai des nouvelles pour toi. Toute mon équipe a fait une nuit blanche pour reconstituer le puzzle de tes petits papiers et je crois qu'on tient quelque chose.

Contournant le bureau pour s'installer derrière lui Roussel fixa l'écran.

- Voilà ce qu'on a pu faire.

A l'écran 6 petites formes déchirées avaient pris place pour former une sorte d'invitation à une attraction de fête foraine. Roussel regarda les couleurs passées que l'équipe avait tenté de faire réapparaitre ainsi que les mots qui se dessinaient.

- On dirait une sorte de publicité tu ne crois pas?

- Oui en effet c'est ce que nous avons cru déceler. Mais ce qui est étrange et le papier l'atteste, c'est que ton invitation est pour une séance ayant eu lieu il y a près de 40 ans au moins.

- 40 ans? Mais qu'est-ce que ça peut bien avoir à faire avec les meurtres?

- Ça c'est à toi de le découvrir j'en ai bien peur. Pour ma part mon rôle s'arrête à ça finit-il par dire en tendant l'impression agrandie du puzzle reconstitué à Roussel.

Regardant le document il pouvait désormais lire précisément le lieu et la date de l'invitation.

"Le grand Magicien Tardyss maitre de l'horreur vous invite à une expérience unique. Une expérience dont vous ne ressortirez pas indemne. Préparez-vous à mourir de peur!"

Suivait le lieu et la date du spectacle. Roussel se demandait pourquoi tout ceci lui semblait terriblement familier. Aussi se dirigea-t-il vers son bureau le papier encore sous les yeux. Arrivé à son étage il faillit percuter Meluen qui semblait affolé. Celui-ci lui fit part du message à propos d'un nouveau corps. Roussel soupira lourdement, il tendit le papier à Meluen lui montrant les trous qui semblaient encore présents. L'adresse s'avérait incomplète malheureuselent. Attrapant sa veste il s'élança en direction des escaliers pour rejoindre la voiture Meluen sur ses talons.

Arrivés sur place rien ne distinguait la petite maison au mur blanc de ses voisines dans le quartier résidentiel où elle se situait. Seul un cordon de police et les véhicules des forces de l'ordre présent autour du lieu et sur le chemin menant à la maison dénotaient. Roussel tendit sa carte à un policier de faction et passant sous le cordon se dirigea vers la maison où déjà les flashs crépitaient et où certains policiers en combinaison blanche prenaient des empreintes et relevaient des indices.

S'arrêtant à sa vue, un homme s'approcha de lui rapidement pour l'informer de ce qu'il devait s'attendre à voir. Levant un sourcil d'étonnement, il se tourna vers Meluen qui dans un geste d'impuissance sembla lui signifier qu'il ne comprenait pas non plus. Passant la porte d'entrée il découvrit la scène. Les rideaux étaient tirés, et une femme entravée se trouvait sur une croix de Saint André dans le salon. Les deux lourdes planches de bois appuyées contre une cheminée massive, elle était dévêtue et d'où elle se situait elle pouvait embrasser toute la pièce. Devant elle et tout autour des silhouettes monstrueuses allaient et venaient sur des rails et dans un assemblage complexe de mécanismes. L'homme venait de lui apprendre qu'on nommait la peur des monstres tératophobie et que c'était vraisemblablement la cause de la mort de cette femme. Observant le passage des monstres il remarqua que certains possédaient des sortes de petites baguettes attachées. L'une d'elle appuyait régulièrement sur la lumière du salon, éteignant et allumant la scène tandis que d'autres frottaient le corps nu de la jeune femme. Dans le noir il remarqua que certains monstres se mettaient à briller et que leurs formes devenaient encore plus monstrueuses et terrifiantes. Il se prit même à suffoquer légèrement à la vue d'une sorte de clown grotesque aux dents improbablement longues et acérées. Voilà que sa propre peur venait à se mêler à l'enquête. Observant du coin de l'œil Meluen il vérifia qu'il n'avait pas remarqué son brusque accès de tension et se retourna vers la porte d'entrée bien décidé à laisser croire qu'il en avait assez vu.

L'homme qu'il avait croisé en arrivant tenait dans ses mains un petit bout de papier sous pochette plastique que Roussel enfourna dans sa poche précipitamment avant de retourner au poste. Sans perdre un instant il confia le tout à l'équipe du laboratoire et s'installa un café fumant dans les mains sur la banquette où l'un des scientifiques dormait quelques heures plus tôt. Le responsable vint lui tendre une nouvelle impression encore plus grande de la publicité avec le morceau de l'adresse manquant. Prit d'un subit regain de mémoire il retourna dans son bureau et ouvrit le dossier auquel il pensait.

Tous les détails étaient là. Tout sauf la raison de ce macabre jeu de piste. Voilà 40 ans tout juste un homme avait trouvé la mort dans une attraction foraine à l'adresse exacte de l'invitation. L'enquête avait conclu à un arrêt cardiaque provoqué par la peur, soit un bête accident. Mais malgré tout l'attraction avait été fermée et placée sous séquestre. Peu de temps après toutes les attractions autour s'étaient arrêtées par manque de visiteurs et bientôt le lieu était devenu une zone morte. Pour diverses raisons, il était resté en l'état depuis lors et tout menait désormais vers cet endroit. Si Roussel se souvenait aussi bien de l'affaire c'est qu'il avait participé à l'arrestation du fameux magicien. Un homme qui s'était suicidé pendant sa garde à vue peut être par sa faute. A l'époque on ne faisait pas autant attention aux prévenus et l'homme avait simplement sauté par la fenêtre entrouverte de la salle d'interrogatoire. Désormais les barreaux et la climatisation empêchait pareille mésaventure, mais Roussel en avait été ébranlé. Au point de suivre une thérapie qui lui avait permis de continuer son travail. Tapotant nerveusement son bureau il appela son collègue et lui indiqua juste qu'ils avaient un rendez avec des fantômes du passé. Meluen était plus jeune que lui et à l'époque où tout ceci était arrivé il ne devait être qu'un gamin. Il préféra laisser sous silence ce qui ne concernait pas directement le lieu où ils se rendaient.

Approchant de la vieille fête foraine Meluen le questionna un peu sur leur destination. Roussel entreprit de parler de l'attraction mortelle mais passa sous silence le suicide du forain qui la tenait. Se garant aux abords des grandes grilles qui fermaient désormais la zone il se dirigea vers elles et remarqua que le cadenas qui devaient maintenir les grilles fermées pendait sectionné. Il sortit son arme et fit signe à Meluen de se tenir sur ses gardes. Entrouvrant le passage dans un grincement aigu il s'avança dans la terre battue de l'entrée du terrain de foire. Les stands semblaient avoir été abandonné à la hâte, divers objets pour la plupart dans un état de détérioration avancée se trouvaient encore pendus de ci de là. Et divers bruits de métal grinçant semblaient combler le silence du lieu. Utilisant son souvenir des lieux il bifurqua sur la droite et remonta le chemin entouré de nombreuses petites cahutes toutes plus déglinguées les unes que les autres. Remarquant une lueur suspecte sur sa gauche il s'enfonça entre deux planches de bois délimitant un stand couvert par l'ombre du lieu. Il perdit de vue Meluen qui continuait sur le chemin de terre. Et se collant à la paroi il se pencha en avant légèrement pour voir d'où venait la lueur. Une vieille enseigne en ferraille pendait à une chaine à moitié rongée par la rouille. La lune venait percuter la plaque et s'y reflétait par intermittence.

Retournant sur le chemin de terre il ne vit plus Meluen qui semblait avoir disparu. Jurant à voix basse il pressa le pas en direction de la longue tente en plastique où le drame avait eu lieu. Entendant un bruit sourd et un cri étouffé, il se mit à courir. S'arrêtant un instant face à la toile en piteux état il écouta les bruits alentours. Avançant lentement il fit pénétrer le canon de son arme par l'entrebâillement des deux rideaux en plastiques qui fermaient l'entrée. Sa respiration se fit plus saccadée, l'adrénaline augmentant son attention. Plongeant dans la pénombre il sortit de sa poche la torche qu'il gardait toujours sur lui. L'allumant en la dirigeant vers le sol caillouteux il fit naviguer son halo lumineux autour de lui. Des morceaux entiers du chapiteau semblaient pendre tout autour. Provoquant une sensation de confinement désagréable.

Entendant un bruit étouffé il crut reconnaitre un homme bâillonné. Repoussant un pan de plastique il pénétra au cœur de la tente. Une lumière diffuse semblait couler depuis les trous dans le toit. Sa lampe torche se mit à vaciller puis s'éteignit d'un coup. Pestant et tapotant le compartiment à pile il la laissa tomber dans un bruit sourd. Il entendit un rire à glacer le sang, et vit au milieu une chaise sur laquelle une forme sombre et cagoulée ne bougeait pas. Roussel prudemment fit un pas en avant quand il aperçut sur sa gauche une forme colorée qu'il reconnut aussitôt. Respirant plus difficilement il tenta d'identifier ce qui semblait être un clown. Son cœur se mit à battre de manière affolée. L'ombre colorée passa sur sa gauche, il fit feu dans sa direction et sa balle explosa une surface miroitante qui tomba en une pluie de verre. Se tournant il vit le clown tout proche qui lui souriait. Reculant en trébuchant il tira encore et encore. Plus il vidait son chargeur plus son affolement allait croissant. Les miroirs explosant les uns après les autres. Tout à coup il se sentit suffoquer. Tentant de reprendre sa respiration il ouvrit le col de sa chemise. Une sueur glacée courrait le long de sa colonne vertébrale.

Pris d'une panique inexplicable son cœur s'emballa. Ses doigts crispés continuaient d'appuyer sur la gâchette qui ne déclenchait plus rien depuis longtemps. Le clown semblait l'entourer maintenant, le regardant à mesure qu'il se recroquevillait sur lui-même. Sa coulrophobie était en train de le tuer et il n'y pouvait rien. Son cœur explosa alors qu'il tentait vainement de respirer quasiment allongé sur le sol froid.

Meluen frotta le maquillage autour de ses lèvres et alluma une cigarette alors même que Roussel venait de rendre son dernier souffle. 40 années qu'il préparait sa vengeance. Il était bien le descendant du maitre de l'horreur. Son père pouvait être fier de lui.

mercredi 10 juillet 2013

La liseuse

Ingrid était ce qu'on pouvait appeler une réfractaire à la technologie. Elle ne comprenait pas cet engouement pour tous ces appareils sans vie qui ne lui plaisait pas. Elle préférait de loin les matières nobles, pouvoir toucher la couverture d'un livre, sortir un vinyle de sa pochette de papier. Elle vivait pourtant avec son temps. Impossible pour elle d'aller travailler sans prendre le métro. Mais chaque jour les voyages ressemblaient de plus en plus à de la torture. Elle pouvait parfois regarder de longues minutes comme hypnotisée ces gens pendus à des téléphones, ou à des lecteurs de musique à la qualité incertaine. Elle se sentait mal à l'aise, ne comprenant pas l'exaltation que l'on pouvait avoir pour des choses qui ressemblaient à une perte de temps à ses yeux. Plusieurs fois par semaine elle changeait de livre, le temps passé dans ces tunnels emplis de monde lui permettait de s'adonner à son plaisir de longues heures. Bref, Ingrid avait une vie régulière qui lui convenait très bien.

Jusqu'au jour où elle découvrit cet homme. Un homme sensiblement de son âge qui prenait presque le même trajet qu'elle. Tous les jours il s'asseyait non loin d'elle, mais sans un regard ou un sourire. Elle mettait sur le compte du hasard ces longues séances de transports en commun partagées. Les premières fois elle ne fit pas plus attention à lui qu'à tous les autres usagers. Mais le temps passant elle se surprit à le dévisager, à le regarder avec attention. Il était tout le temps concentré sur un appareil grand comme un magazine, ce que l'on appelait ces temps-ci, des tablettes. Parfois il souriait, parfois il semblait totalement absorbé. Elle imaginait toute sorte de jeux plus avilissant ou plus décérébré les uns que les autres, et lorsqu'elle reprenait conscience de l'observer trop longuement elle rosissait un peu en replongeant dans son livre.

Ce jour-là, la journée avait été particulièrement pénible. Les gens semblaient comme énervés par une sorte de folie animale qui emplissait l'air ambiant. Alors qu'elle était complètement prise par sa lecture, elle sentit un poids sur ses épaules. Levant la tête elle vit que l'homme qu'elle croisait tous les jours la regardait. Son regard la transperçait comme s'il pouvait voir à travers elle. Elle sentit ses joues rougir intensément. Ne pouvant le soutenir, elle rompit ce long regard brusquement pour replonger dans son livre. Impossible pour elle d'arriver à terminer la ligne qu'elle était en train de lire. Elle la relisait depuis la vingtième fois au moins sans en saisir le sens. Son esprit totalement embrumé elle en oublia presque de descendre à son arrêt. Se levant brusquement elle fit tomber son livre sur le siège qu'elle venait de quitter. Et ce n'est qu'une fois la porte de son appartement fermée, adossée contre le mur, se laissant glisser jusqu'à se retrouver assise dans le couloir de l'entrée qu'elle s'en rendit compte.

Prenant sa tête entre ses mains elle se mit à rire. Comment pouvait-elle être troublée à ce point par un regard. Avec dépit elle choisit un autre livre pour son trajet du lendemain et ne trouva le sommeil qu'après de longues minutes à ressasser ce regard pénétrant. S'installant à sa place habituelle, elle sortit son livre lorsqu'elle aperçut que quelqu'un lui tendait une couverture qu'elle connaissait bien. Levant les yeux elle vit l'homme au regard troublant qui tenait son livre. Lui souriant elle tendit la main et le saisit, mais il semblait ne pas vouloir le lâcher.

- Excusez-moi, je crois que c'est à vous.

- Oui en effet j'ai dû le faire tomber dans ma précipitation hier, dit-elle en rougissant à nouveau.

- Puis je m'assoir à côté de vous? Je voudrais vous montrer quelque chose.

Surprise par cet échange elle lui indiqua d'un signe de tête la place située en face d'elle sans pouvoir répondre.

- Vous savez, je vous ai souvent vu dans ce métro, et je dois vous dire que je n'ai jamais su comment vous aborder. Vous lisez beaucoup n'est-ce pas?

- Oui j'aime les livres, j'aime partager pendant un moment des émotions, des voyages

- Des sensations qui permettent de vivre mille et une vies différentes finit-il à sa place.

- Oui c'est ça…

Le regardant comme si elle le voyait pour la première fois elle lui sourit timidement.

- J'aime lire moi aussi, lui dit-il. Grâce à ça indiqua-t-il en montrant sa tablette. C'est pratique et puis c'est plus difficile à perdre je dois dire.

Son regard pétillant la mit à l'aise, et elle sentit un frisson très agréable la parcourir.

- Vous vouliez me montrer quelque chose?

Il lui tendit la tablette, elle reconnut immédiatement le livre qu'il venait de lui rendre.

- Je lis souvent la même chose que vous. Je regarde la couverture et je me le procure. Vous avez de très bons gouts, très hétéroclites, mais qui me conviennent très bien.

A la fois flatté et légèrement inquiète elle se demandait où il voulait en venir.

- Tenez, lisez ceci je vous prie.

Prenant la tablette de ses mains elle se mit à lire un étrange poème. A mesure que les vers défilaient elle se rendit compte qu'elle en était l'héroïne. Se laissant subjuguer par les mots elle oublia les gens autour jusqu'à la dernière ligne. Reprenant son souffle comme si elle avait lu en apnée elle n'osait regarder l'homme qui semblait attendre patiemment.

- C'est très beau, merci… Et vous écrivez très bien.

L'homme reprit la tablette, et avec son stylet il y nota un numéro et une adresse, avant de la lui tendre et de se lever. Prise de court Ingrid le regarda sortir de la rame de métro à un arrêt qui n'était pas le sien. Le soir même, une fois rentrée chez elle, elle alluma l'appareil et appela son inconnu. Ils passèrent toute la nuit à discuter comme si ils se connaissaient depuis longtemps. Lorsqu'elle raccrocha elle regarda la tablette, et découvrit que ces appareils qu'elle estimait sans vie pouvaient avoir une âme…

jeudi 10 janvier 2013

Stéphane Guillon - On m'a demandé de vous calmer

Recueil des chroniques de Stéphane Guillon jusqu'en Juin 2009, cet ouvrage ouvre sur son entrevue avec le patron de Radio France qui aura la formule qui sert de titre au livre.
Ici sont consignées, non pas toutes les chroniques de la période qu'il couvre mais la plupart. Elles suivent un ordre chronologique permettant ainsi de voir l'évolution entre deux passages d'un même invité par exemple.
Pour ceux qui ne connaissaient pas, dans l'émission où chroniquait Stéphane Guillon, il passait quelques minutes avant l'interview en direct d'un invité, ce faisant il introduisait l'invité et parfois le brocardait juste avant que celui-ci ne soit à l'antenne.

Ses chroniques ont été remises en forme pour le passage à l'écrit, mais gardent toutes leur verve et leur mordant. On aime ou on n'aime pas son humour si particulier, mélange de noirceur, de cynisme et de second degré.
Certaines chroniques sont préfacées par une remise en place du contexte ou par des explications concernant la réaction des invités ou des anecdotes relatives au jour du passage.
Chez Stéphane Guillon on peut apprécier la façon qu'il a de faire résonner les chroniques concernant les mêmes invités avec parfois des retours sur une chronique précédente ce que la présentation chronologique permet d'apprécier plus justement.

J'aime bien Guillon, même si parfois il est vrai ses têtes de turc sont un peu trop présentes lorsqu'il se sert d'elles de manière régulière.
Ce recueil permet de voir la difficulté de réaliser une chronique quotidienne avec toutes les contraintes inhérentes à cet exercice, et même si on peut ne pas apprécier son humour extrêmement "agressif" il n'en reste pas moins que sa plume acide est fine et que certaines fois on ne peut que reconnaitre des piques qui font mouche et qui sont bien senties.
A lire pour découvrir ou redécouvrir cet humoriste au talent d'écriture indéniable.

Le mariage pour tous

Il est des sujets d'actualité que j'évite sciemment. Trop d'émotion, trop d'extrémisme, trop de tensions et finalement peu ou pas assez de bon sens. Mais là j'avoue que le débat sur le mariage pour tous finit par me rendre malade.
On est devant le cas typique d'une société en perdition, je m'explique. D'un côté des couples tout à fait ordinaires (qu'ils soient composés d'homme et de femme, de femmes ou d'hommes) qui veulent s'unir. De l'autre des flopées d'intégristes de tout poil, de toutes les religions (alors là ils savent faire front commun sans se foutre sur la gueule hein...) qui font des pieds et des mains pour l'éviter.

Quels sont les arguments anti? La plupart du temps? Des conneries, des digressions, des éventualités, des pourquoi pas, des approximations. Aucun opposant ne trouve de raison contre le mariage si ce n'est que:
"Ça va détruire la cellule familiale" <= bon et le divorce alors faut l'interdire aussi?
"Et après ça sera quoi?" <= déjà qu'on leur donne les même droits que pour les couples hétérosexuels, ça fait 50 ans que ça dure cette affaire, avant le après on sera déjà tous cannés...
"Autant autoriser le mariage inter espèces" <= ouais mais inter espèces de con et tu seras dans le premier wagon...
"Le mariage homosexuel ça n'est pas naturel" <= tiens donc, parce que le mariage c'est naturel? Je n'ai pas été invité par des pigeons ou des écureuils mais je suis sûr que leurs cérémonies dépotent.

Bref j'en passe et des meilleures. Mais de quoi ces gens ont-ils peur en vérité? Peut-être qu'on montre enfin que, quel que soit son orientation sexuelle on peut tout à fait mener une vie normale, avoir des gosses équilibrés, et montrer que ceux qu'on voudrait dégénérés depuis que des hommes ont écrit des livres ne le sont pas plus que ceux qui se considèrent normaux (voir peut être même moins...)
Le problème de ce débat c'est qu'il dépasse le cadre dans lequel il se pose. Le mariage pour tous est civil, à ma connaissance la société civile est totalement indépendante des différentes religions. Alors pourquoi ces religions viennent elles nous imposer leurs visions archaïques dont on a la trace des médiocres résultats depuis la nuit des temps?
La société civile va t'elle reculer devant le religieux? Si c'est le cas nous ne valons finalement pas mieux que ces pays que l'on considère barbare ou des hommes et femmes sont lapidés au nom de la religion, qu'ils soient homosexuels, ou simplement différents de ce que les règles religieuses préconisent.
Et si c'est le cas nous aurons la preuve que le pouvoir politique n'a aucune force dans ce pays, et à vrai dire ça me fera véritablement peur pour l'avenir, si les religions peuvent influencer à ce point la vie du pays...

mercredi 9 janvier 2013

Christophe Lambert - Le commando des immortels

Alors que la guerre du Pacifique fait rage, les Etats Unis arrivent à négocier avec les Elfes peuple spécialiste de la nature leur intervention dans le conflit pour leur venir en aide.
La guérilla dans la jungle qu'ils affrontent pourrait tourner à leur avantage avec ces alliés, seulement voilà, les Elfes acceptent à la seule condition qu'un humain les accompagne, un spécialiste de la culture Elfique, un dénommé Tolkien...

Un roman surprenant à plus d'un titre, tout d'abord par l'auteur qui n'est pas l'acteur que l'on connait bien contrairement à ce que j'ai longtemps cru (oui je sais Google est mon ami). Deuxièmement sur le thème, le contexte et surtout le mélange des genres.
Et la sauce prend, elle prend même relativement bien et elle finit par offrir une aventure pleine de rebondissements, et de surprises dans un contexte à la fois historique mêlant le fantastique.
On aime ou pas les romans de ce genre mais j'avoue que l'idée sous-jacente à ce roman est l'une de celle qui offre tant de possibilités qu'elle permet tout et son contraire. C'est un peu l'idée qui sous-tend à la série Sliders sans trop en dire.

Toujours est-il que la lecture est agréable, que l'on peut retrouver tout au long du roman des petites touches qui permettront aux spécialistes ou connaisseurs de Tolkien de retrouver quelques indices d'une bonne connaissance de son univers par l'auteur.
Roman résolument tourné vers l'action il est aussi profondément psychologique dans le rapport entre les membres du commando et la tolérance à l'autre.
Un bon roman très rapide à lire et que je conseille vivement à ceux qui aiment les univers décalés et mélangés.

L’étoile noire de Barack

Il est une loi américaine que vous ne connaissez probablement pas, bien qu’on en parle depuis quelques semaines avec ironie sur le vieux continent. C’est celle des 25 000 signatures. Toute proposition recueillant 25 000 signatures d’après cette loi de 2011, doit être examinée par la Maison Blanche. Ce qui fait que toute proposition un tant soit peu soutenue par le peuple américain devrait d’une manière ou d’une autre passer dans les mains du président. Même si cette loi n’engage en rien une éventuelle prise de décision en rapport avec cette proposition bien entendu.

Hors il se trouve que des petits malins ont fait une proposition en Novembre qui vient d’atteindre le quota nécessaire. En effet elle suggère la construction de l’étoile noire (oui oui celle de Star Wars) par les Etats Unis, avec un début des travaux pour 2016. On s’en doute bien, cette histoire n’ira pas bien loin, puisqu’il parait impensable qu’un tel monument de gigantisme puisse être construit (et je vous fais grâce des éventuelles technologies que nous ne pouvons même pas imaginer).

Mais voilà, l’information est suffisamment épicée pour faire jaser tous les journaux en ligne du monde. Barack va devoir examiner cette requête malgré sa non négligeable stupidité. Comme si gouverner la première puissance mondiale n’était déjà pas assez contraignant. Voilà que tout un chacun pour peu qu’il soit suivi par suffisamment de monde peut faire les propositions les plus farfelues.

Notez que rien ne dit que nous n’aurons pas ce genre de loi en France aussi, c’est un peu redonner au peuple sa propre capacité d’intervenir et d’interagir avec le pouvoir. Faire remonter à la source les préoccupations de l’ensemble ou d’un ensemble de gens pour que le pouvoir soit conscient de ceux-ci.

Ce qui est un peu navrant dans cette histoire anecdotique, c’est de penser au nombre de propositions qui n’auront jamais les 25 000 signatures par manque d’information, ou de participation, alors que des propositions saugrenues simplement parce qu’elles sont ainsi auront largement le quota nécessaire à passer le filtre qui les autorise à être prises en compte.

dimanche 6 janvier 2013

Coup au cœur oui…

Depuis plusieurs semaines déjà une chanson qui passe en radio me file de l’urticaire et ça n’est rien de le dire. Aucune animosité pour les interprètes, ni pour le style ou la musique, ce sont les paroles qui me désolent. Cette chanson je vous l’adresse directement sur youtube pour le cas où vous n’auriez pas eu l’occasion de l’entendre.

http://www.youtube.com/watch?v=TFrGD6kfwIc

Chanson de Kenza Farah et de Soprano, elle nous raconte une histoire du genre des films de l’après-midi de M6… Le petit couple amoureux gouzi gouzi qui apprend une terrible nouvelle qui va les faire basculer dans l’horreur. Mais grâce au courage, au sacrifice et à l’abnégation tout va s’arranger ou presque… Beuargl, désolé c’est la guimauve moi ça me barbouille…

Il est question dans la chanson d’une jeune femme qui va mourir sans greffe de cœur, et qui a comme donneur compatible son mari. Comme de bien entendu le don de cœur n’existe pas, puisqu’il parait difficile de vivre sans. Le mari se sacrifie en se suicidant (bon ça c’est le clip qui le dit parce que la chanson est moins claire) pour que la jeune femme puisse avoir sa greffe.

Même si on passe les pires énormités d’une pareille histoire (et elles sont nombreuses) comment peut-on mettre en chanson pareille ânerie ? Tout d’abord parce qu’en France le don d’organe n’existe pas de personne à personne en tout cas pour ce genre d’organes. Ensuite comment se suicider proprement et ne pas abîmer le cœur ? Bin oui ma bonne dame, parce que normalement c’est lors d’une mort cérébrale et les organes encore en état de marche que s’opère l’extraction de l’organe. Car si l’organe a cessé de fonctionner même un temps court, il sera abimé. Hors que voit-on dans le clip ? Soprano qui va prendre un bain, on imagine qu’il essaye de se noyer donc qu’il va subir un arrêt cardiaque… Et je vous en passe encore des pelletées de conneries…

Ce qui me fait peur dans cette chanson, c’est outre les énormités et bêtises, ce sont les réactions des gens, et là tapez-vous quelques pages des commentaires de la vidéo sur youtube pour atteindre les profondeurs abyssales de la connerie… Entre ceux qui trouvent ça trop Kawaii qu’un mec se suicide pour sauver sa femme. Ceux qui croient que Soprano est vraiment mort pour que Kenza Farah subisse une réelle greffe, j’avoue que j’ai pris le vertige.

Qu’on veuille faire une chanson émouvante, triste, qui touche les gens je peux le comprendre et l’admettre. Ils ne sont pas les premiers. Pour autant dire tout et n’importe quoi me semble dangereux. Surtout quand on voit le recul et le bon sens des gens qui aiment cette chanson…

vendredi 4 janvier 2013

Annie Ernaux, Frédéric-Yves Jeannet - L'écriture comme un couteau

Livre d'entretiens entre Annie Ernaux et Frédéric-Yves Jeannet, cet ouvrage est un témoignage à la fois sur la démarche qui a mené Annie Ernaux à l'écriture et sur sa manière à proprement parlé d'écrire.
Jeannet, lecteur attentif d'Annie Ernaux, oriente les questions et tente d'apporter une structure au témoignage de l'auteur qui reconnait-elle même se laisser entrainer parfois lorsqu'elle écrit vers des errements qui semblent répondre à ses propres recherches intimes.

Livre intéressant qui nous plonge dans l'esprit d'un écrivain, on y découvre sa manière de percevoir l'écriture, son travail, ses questionnements.
A la fois témoignage et hommage, il est aussi un moyen de se rendre compte que même si l'écriture est quelque chose d'intime et de très personnel, on découvre comme des flaques de soi dans certains moments.
Comme si le processus qui mène à écrire puisait ses racines dans l'histoire, le vécu, et nourrit de cette graine poussait durant toute la vie vers divers horizons tous différents.

Un ouvrage intéressant mais qui peut parfois s'avérer abrupt ou difficile d'accès si on n'est pas intéressé par la démarche et par l'envie de découvrir le travail d'un écrivain.

Jesse Kellerman - Les Visages

Ethan Muller met la main sur une série de dessins remarquables. Travaillant dans le milieu de l'art il espère que ces dessins seront sa plus belle réussite, mais lorsqu'il les expose ce n'est pas d'art dont il est question.
En effet un ancien flic reconnait dans ces portraits certains enfants victimes des années plus tôt d'un mystérieux tueur en série. Alors pour Ethan, découvrir qui est le Victor Crack auteur de ces tableaux va vite virer à l'obsession.

Une histoire prenante, pleine de rebondissements. Qu'on aime ou pas on se fait balader du début à la fin, une fin loin d'être convenue même si elle commence à se dessiner parfois par petites touches.
Petites touches car l'auteur prend grand soin à ne jamais dévoiler plus que nécessaire dans la construction de son roman. Un roman qui prend aux tripes, par moments l'obsession d'Ethan semble transpirer dans les mots. La psychologie des personnages est très détaillée, permettant de comprendre les pourquoi et les comment sans jamais avoir besoin d’explications superflues.

Ce tout jeune auteur est le digne héritier de ses ainés. Qu'on aime ou qu'on déteste au final ce roman, il ne laisse pas indifférent et c'est ce qui justement le différencie de pas mal d'autres romans parfois insipides.
Une plongée dans la psychologie de personnages tous plus touchants les uns que les autres, qui ont un relief vraiment puissant. Un roman à lire si on aime les thrillers bien ficelés et qu'on apprécie les rebondissements parfois un peu tarabiscotés.

dimanche 30 décembre 2012

Jonas Jonasson - Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Allan Karlsson n'a aucune envie de fêter son centième anniversaire dans la maison de retraite qui l'abrite avec les pensionnaires séniles et le personnel. Alors plutôt que de subir, il va s'enfuir, et c'est en charentaises qu'il va prendre la tangente en ce jour spécial.
Mais comme le destin n'a jamais été mesquin avec Allan Karlsson, ce qui aurait pu n'être qu'une petite escapade sans conséquence va se transformer en cavale lorsqu'il va se retrouver en possession d'une étrange valise...

Voilà ce que je nommerais un road movie à la Suédoise. Dès le départ notre pauvre héros va se retrouver embringué dans diverses intrigues à tiroir. Et plus le roman va avancer plus il va faire de rencontres improbables qui vont le mener à se souvenir de sa vie.
Et la vie d'Allan n'est pas une vie commune. Tel Forrest Gump, il aura traversé le siècle en se trouvant toujours au mauvais endroit au mauvais moment. Mais finalement n'était-ce pas plutôt le bon endroit au bon moment? A moins qu'Allan ne soit un homme capable de faire se réaliser des choses irréalisables.
Et lorsque la Suède va s'émouvoir de l'histoire de ce cher centenaire disparu, l'histoire va prendre un tournant à la fois plus sombre et plus cocasse.

Un roman jouissif, de ces romans que l'on dévore parfois avec le sourire, parfois avec crispation. Une histoire comme un conte que l'on suit et que l'on parcourt avec beaucoup de plaisir.
Que ce soit l'intrigue principale et cette folle fuite du centenaire, ou bien tous les souvenirs qu'il va se remémorer, chaque époque est rendue avec cette légèreté et cette intelligence qui nous entraine immanquablement.
Un roman à l'humour acéré, un personnage dont on ne saurait jamais vraiment être sûr s’il est d'une intelligence remarquable ou d'une bêtise incommensurable. Des personnages secondaires aussi tordus qu'ils sont attachants et vous avez là un de ces livres qui vous font passer un agréable moment.
Et que l'on finit par regretter une fois la dernière page tournée. Parce que oui, au final on s'y attache à ce cher Allan, et le quitter ne se fait pas sans un petit pincement au cœur.

Stephenie Meyer - L'appel du sang (La seconde vie de Bree Tanner - Hésitation Novella)

Bree Tanner une adolescente de 15 ans va croiser la route de Victoria que les lecteurs de Twilight connaissent. Ce roman décrit cette rencontre et sa transformation en Vampire rejoignant les rangs de celle qui cherche à tuer la famille d'Edward.

Intégré comme un ajout à la saga, il raconte le parcours d'un personnage secondaire dont on croise la route dans la saga officielle. Avec le destin que l'on sait lorsqu'on a lu les autres romans.
Comme à son habitude Stephenie Meyer se concentre principalement sur les émotions, les sentiments de ses personnages, et tout au long de ce livre on va découvrir ce qui anime Bree et ce qui la rend si spéciale.
La mise en perspective depuis un des personnages vampiriques de l'univers de Twilight permet de découvrir le mode de vie des vampires qui n'ont pas choisi de fonctionner comme la famille Cullen.

Un ajout qui n'est pas inintéressant, surtout si on prend en compte le fait qu'il complète parfaitement certaines zones d'ombre que le roman ne lève pas quant à la manière dont Victoria s'y prend pour lever une armée.
Toutes les lumières sont faites depuis l'autre camp sur ce qui se limite dans le roman à ce que les personnages principaux sont censés savoir et/ou découvrent en cours d'histoire.
Et puis on ne peut que finir par se lier à cette vampire si spéciale, qui partage ainsi avec nous durant tout le roman ses sensations, ses besoins, ses désirs, et qui va se retrouver bien malgré elle prise dans une guerre dont elle n'a aucune clé et pour laquelle son destin va être chamboulé à jamais.

dimanche 23 décembre 2012

Philippe Djian - "Oh..."

Michèle se réveille sur le sol de sa maison, elle vient de subir un viol, une agression rapide, singulière qu'elle va cacher à son entourage comme si rien ne s'était passé.
Mais petit à petit, elle va sombrer, plongeant dans les méandres de son être, percutant son quotidien et sa vie comme une bille de flipper un peu folle.
Son existence va forcément être changée par ce qu'elle a vécu, même si elle refuse de le reconnaitre, mais sombrera-t-elle dans la folie ou saura t'elle refaire surface.

« Trois petits mois dans la vie d'une femme » pourrait être le sous-titre de ce roman très particulier. Déjà le style, télégraphique, rapide, sans palabres. Les phrases sont courtes, comme les pensées de Michèle.
On a l'impression délire en elle, et de se laisser entrainer dans sa spirale comme un voyeur un peu malsain, sans vraiment avoir envie de lui tendre la main pour la sortir de là.
L'histoire se compose de dizaines de fils tous plus ou moins imbriqués les uns dans les autres. Les personnages papillonnent, se croisent, se mélangent, se transforment et en quelques semaines à peine on voit des vies basculer à foison.

Un roman qui ne laisse pas indifférent, et à plusieurs titres. Tout d'abord il est rare de voir un auteur prendre le parti de faire de son héroïne une survivante à une telle épreuve que celle que subit Michèle au début du roman.
Très vite elle transcende son statut de victime, elle se relève et décide comme pour sa vie de prendre les choses en main.
Un roman qui surprend jusqu'au bout. Une histoire qui laisse une impression bizarre. Comme si on prenait conscience que la vie est aussi folle aussi tourbillonnante que dans le roman mais qu'on n'en a pas conscience parce qu'on ne prend pas le temps du recul.

Un roman qu'on aime ou qu'on déteste je pense. Le style en est vraiment particulier, et soit on arrive à accrocher soit on doit se trouver entrainé de force ce qui ne permet pas je pense d'apprécier les méandres complexes qui nous sont jetés en pâture.

Emily Brontë - Les Hauts de Hurle-Vent

Un classique du romantisme, rien que ça me direz-vous, le premier roman gothique, une histoire s'étalant sur plusieurs générations d'une famille en proie à un destin hors du commun dans une région aride et hostile.
Une histoire qui fait la part belle aux relations entre les personnages, aux amours impossibles et aux sentiments les plus extrêmes.
Une fois passé la lecture à proprement parlé du roman, découvrir que l'auteur une jeune adolescente qui vivait avec sa famille dans un lieu pouvant ressembler au décor du roman n'avait jamais connu l'amour laisse une impression étrange.

Impossible en effet d'imaginer qu'on puisse décrire à ce point les émotions, les sentiments, les ressentis de ces situations tellement intenses sans en avoir eu l'expérience.
Le roman traverse les époques, les histoires et cette saga familiale aborde des thèmes comme l'héritage ou la rédemption avec une maturité incroyable.

Concernant la lecture, j'avoue que j'ai eu plusieurs fois envie d'arrêter la lecture par découragement, ou par manque de facilité à me plonger dans cette histoire.
Par moment en effet j'avais l'impression d'être beaucoup trop peu impliqué, cette histoire de vengeance, de haine, de violence peut paraitre cruelle au point de ne pas saisir où elle va nous mener.
Au final je dirais que je suis content de l'avoir lu ne serait-ce que pour le connaitre, il a cette puissance des livres qui ne laissent pas indifférents. Ils plaisent ou déplaisent. Celui-ci m'a laissé un goût amer dans la bouche mais pourtant j'avoue qu'il mérite toutes les éloges qui ont pu lui être fait ainsi que surement toutes les critiques.
A lire pour savoir ce que veut dire passion destructrice...

Depardieu ou le tir au pigeon

On a probablement trop déjà entendu parler de l'affaire Depardieu, et pourtant, le mal dont est issu ce problème est bien plus sournois qu'on ne le pense et ce n'est pas en tirant sur la glace visible que l'iceberg fondra un jour.
Parce que le problème des impôts est un vrai problème en France, la preuve avec tous les exilés fiscaux qui ont précédés Depardieu et dont certains sont du bord politique actuellement au pouvoir (et qui ne sont pas revenus au dernières nouvelles...)

Commençons par comprendre la démocratie, des hommes sont élus par le peuple, ce peuple qui a donc à priori tout pouvoir et qui devrait pouvoir sanctionner ou obliger ces mêmes élus à suivre des règles.
Oui mais voilà ceux qui font les lois sont entre gens du "même monde" et il est clair que l'un des gros problèmes de notre république vient du fait que les lois qui les concernent sont aussi acceptées ou refusées par ces mêmes personnes.

On parle de vouloir faire des économies, on augmente les prélèvements, et pendant ce temps rien n'est fait pour réguler les dépenses gargantuesques de nos élus.
La baisse du salaire des ministres? Retoquée... Le non cumul des mandats? Refusé et annulé... Les avantages de retraite et ou de pension de nos élus? Intouchables...
Ma foi, si on voulait un système qui donne l'impression de s'auto protéger aux dépends de ceux qui eux sont obligés de faire des efforts on ne s'y prendrait pas autrement.

Et là qu'on ne parle pas de couleur politique parce que de n'importe quel bord qu'ils soient, ces braves messieurs semblent afficher un front commun à toute tentative de les rendre responsables.
Mais pourtant ne sommes-nous pas ceux qui les élisons? Ne pourrions-nous pas à force de nos voix, les faire enfin basculer vers la raison au lieu de penser à leur confort et leurs avantages?
Le système restera tel qu'il est quoi qu'il se passe, aucun président n'aura jamais le courage de forcer certains textes de loi même si il en a le pouvoir. Alors au lieu de jouer les juges sur des cas particuliers intéressons-nous plutôt à ces cas communs qui sont à eux seuls responsables d'une part importante des dépenses de l'état...

mercredi 19 décembre 2012

E L James - Cinquante nuances de Grey

Etudiante en littérature, Anastasia Steele se voit obligée d’interviewer un richissime homme d’affaire qui joue les Mécènes pour l’université où elle étudie. Troublée par la jeunesse et la beauté de cet homme, elle tente de garder bonne figure pendant l’entretien tout en se maudissant de ses maladresses. Mais une fois libérée elle préfère penser que cet homme restera une rencontre hasardeuse. Seulement voilà qu’il va prendre place dans son univers et que pour elle tout va basculer dans un monde inconnu dont il lui ouvre peu à peu les portes.

Le roman qui aura et qui fera couler beaucoup d’encre. Celui par lequel on a redécouvert un genre jusqu’alors réservé plutôt à des tiroirs bien fermés. J’ai nommé la littérature érotique. Bien sûr j’avais la curiosité de voir ce qui pouvait à ce point chambouler les lectrices et lecteurs. Qui faisait que l’on osait enfin sortir avec un tel livre en pleine rue. Quelle plume pouvait redorer le blason de ce genre littéraire tellement méconnu et mal aimé.
Force est de reconnaitre que je ne peux guère qualifier ce roman d’érotique, du moins, il l’est par moment certainement. Déjà de par son sujet sulfureux et ses scènes parfois très explicites. Pour autant il est loin de ce que je pourrais qualifier d’excitant. Le rythme est bon, il se lit vite, et la plume de l’auteur n’est pas désagréable au contraire. Mais pour autant on a plutôt l’impression de lire un roman pour ados un peu plus chaud que de coutume.
On vit dans l’esprit de l’héroïne, on ressent ses émotions, on plonge petit à petit dans cet univers fait de découvertes et de plongée dans les abysses de l’esprit. Un peu comme si Stephenie Meyer nous avait fait vivre plus clairement les ébats de ses personnages et les errances sensuelles de Bella.

Mais finalement oui soyons clair, j’ai été plutôt déçu du résultat. Je m’attendais à lire et entendre parler de ce roman d’un livre vraiment plus explicite, plus intime, plus sensuel. Oh certes on peut parfois sourire, apprécier les maladresses à répétition d’Anastasia, et même pourquoi pas apprécier ses ébats (si ça doit être possible, enfin je crois), on reste un peu sur sa faim. Comme si on sentait qu’on avait approché parfois d’une limite sans jamais l’atteindre ni la franchir.
On peut sentir tout de même une évolution dans la manière de décrire les différentes scènes de sexe, partant de l’innocence pure d’Anastasia au départ, vers ce qui peu à peu fini par devenir pour elle une seconde nature.

Oui probablement que c’est un roman à lire au moins pour se préparer aux deux volumes qui suivent. J’aime à croire que cette évolution va aller encore de plus en plus vers l’expression débridée et pourquoi pas un véritable érotisme littéraire. En tout cas il n’en reste pas moins un roman qui se lit assez vite et qui n’est pas désagréable si on aime ce genre d’histoire tout de même très orientée vers un public féminin.

lundi 26 novembre 2012

La violence est elle sexuée?

Hier le 25 Novembre c'était la Journée Internationale de Lutte contre les Violences faites aux Femmes.
Toute la journée nous avons eu droit à diverses informations et reportages tous plus larmoyants les uns que les autres sur ce problème de société.
Sauf que je crois qu'on le prend par le mauvais côté du manche si je puis dire.

En effet même si la violence faite aux femmes est probablement injustifiable dans la majorité des cas, qu'en est-il de la violence faite aux enfants? Et j'irais même jusqu'à dire faite aux hommes?
N'y a-t-il donc dans nos sociétés que des mâles brutaux pour mettre des trempes à leurs femmes?
Non bien sûr que non, la société n'est plus aussi facilement segmentable que l'on pouvait le croire il y a de cela quelques décennies.

Et c'est bien ce qui me chagrine dans cette journée. On occulte (sciemment) toutes les autres formes de violence pour se concentrer sur celle-ci.
Est-elle plus horrible, plus inhumaine, plus dégueulasse? Je ne pense pas pouvoir en juger, ce que je sais par contre c'est que l'inverse est aussi quelque chose d'anormal.
Mais combien d'hommes peuvent porter plainte sans risquer de ne pas être crus? Combien meurent chaque année de la faute d'une femme violente? Peut-être ne sont-ils comptés que dans les chiens écrasés des journaux sous les "coups de sang" ou "drame familial".

On souhaite que la femme ne soit plus sclérosée dans une situation difficile, on met en place des structures pour l'aider et tout ceci est parfait, mais dans le même temps ne faudrait-il pas faire la même chose pour les hommes?
Alors on me dira que surement le nombre d'hommes qui meurent sous les coups d'une femme sont moindres. Mais la violence psychologique aussi existe et elle tue tout autant mais différemment.
A quand une grande enquête sociologique qui pourrait mettre en exergue les suicides, les drames et faire un chiffrage complet des éventuels morts (hommes ou femmes) qui le sont par de la violence. Voilà un vrai sujet d'études qui ne mettrait pas les "faibles femmes" d'un côté et les "méchants violents maris" de l'autre.

jeudi 22 novembre 2012

Une âme en devenir

Des relents méphitiques aux humeurs vagabondes
Prisonnier sans limites coince entre les mondes
Explorant les recoins d'une âme torturée
Restant le seul témoin de ses erreurs passées

Des plaines infinies d'un Elysée intime
Pourchassant les folies, les instants de déprime
En quête de rédemption porte vers l'avenir
Ouvert aux émotions, les laissant envahir

Ces espaces sauvages tentant d'apprivoiser
Le moindre des présages qui viendrait pavoiser
Maitriser le futur comme s'il était facile
Si le chemin est sur et la foulée agile

De pouvoir contrôler tout ce qui nous échappe
Sans jamais se lasser même lorsque ca dérape
Retrouver la maitrise de ses instincts sauvages
Même lorsqu'on lâche prise sans en subir ombrage

Savoir reprendre gout à ce qu'on a perdu
Ne jamais regretter ce que l'on aura plus
Découvrir à nouveau comment prendre plaisir
Faire éclater le beau et comme un repentir

L'exposer au dehors de l'âme tourmentée
Plus brillant que de l'or et le voir augmenter
Aux contacts de ces autres, la foule solitaire
S'incarner avec eux pour fouler cette terre

mardi 20 novembre 2012

Jean Teulé - Rainbow pour Rimbaud

Robert géant de 2 mètres aux cheveux rouges ne peut dormir que dans sa penderie, son bateau ivre comme il l'appelle. Isabelle, elle se prend pour une aubépine, et leur improbable rencontre va les entrainer dans une sorte de quête initiatique.
Car Robert est fan absolu de Rimbaud, il se prend même pour Arthur jusque dans les moindres parcelles de son corps. Mais jusqu'où ira-t-il pour trouver celui qu'il est ou qu'il pense être...

Un roman bien sympathique de Jean Teulé que cette allégorie tarabiscotée aux personnages aussi improbables qu'attachants. Même si Rimbaud reste un prétexte plus qu'autre chose, il devient au fur et à mesure des aventures de Robert et d'Isabelle un personnage important.
Etrange comme d'ailleurs son empreinte semble se faire de plus en plus forte à mesure que l'histoire avance. Peut-être est-ce dû à tous les vers que Robert déclame de mémoire. Ou bien simplement au parcours initiatique de Robert.
On suit ces personnages avec bienveillance parfois avec le sourire, parfois avec étonnement.

Un roman court, qui ne se prend jamais au sérieux, du moins qui n'en donne pas l'impression.
Difficile de ne pas apprécier simplement cette histoire pour ce qu'elle est, une douce rêverie menée par de doux rêveurs.
Mon premier roman de Jean Teulé, mais certainement pas le dernier, une manière d'écrire très agréable, fluide, sans manières. Exactement ce qu'il fallait pour raconter cette folle aventure.

lundi 19 novembre 2012

Le village

Tous les ans, le même rituel, une fois la route prise, on oublie sa vie d'avant et on se prépare. Seront-ils tous là? M'attendront-ils? Tant de questions et déjà des doutes.
Doit-on revenir sur ce qui a été dit l'été dernier? Lorsqu'on ne s'est même pas excusé d'avoir été blessant. Il faudra faire table rase de l'année dernière ou bien les vacances seront gâchées.

Et puis voilà l'arrivée, tant attendue, on regarde par la vitre mais personne n'est là. Il est déjà tard, peut-être sont-ils allés faire un tour, ou bien ils sont en train de manger peut être.
On s'installe, on se prépare, on mangera plus tard. Vite descendre au lieu de rencontre, le lieu de vie du village. Mais quelle désolation, quelle tristesse. Personne, pas même ce chien errant tellement crasseux qui passe sa vie à quémander un petit quelque chose.

Déception bien sûr, mais on ne veut pas laisser la première impression être la bonne. C'est tout juste valable pour les proverbes ça... Alors on se balade dans les rues désertes, le silence omniprésent semble presque voulu. Toute vie semble avoir déserté les ruelles. L'eau ruisselle dans la calade sans discontinuer, seule source de bruit, si légère qu'on l'oublie presque aussitôt.
L'astre lunaire éclaire les pierres disjointes de ces vieilles rues pavées. Chaque fenêtre est fermée, les volets clos ou alors branlants et tenus par quelques bricoles. La nuit est fraîche comme souvent dans ces collines. Mais ce soir le froid est plus omniprésent encore que l'année dernière semble-t-il. Pas de vent qui descend au cœur de la végétation, juste le silence.

Tout l'empressement que l'on a mis à préparer les valises, à faire la route au mépris de la fatigue. Tout ce temps passé à imaginer les retrouvailles, ce qu'on allait bien pouvoir dire. Puis finalement se trouver tellement seul au milieu de ces murs tordus qui semblent chaque année se pencher un peu plus les uns sur les autres.
On lève la tête vers le ciel, grâce au manque de lumière publique on peut voir les étoiles, seules lueurs qui viennent égayer ce décor oublié. Tiens c'est déjà la nuit, et il est tard, peut-être la vie a-t-elle repris ses droits sur la place du village. Un petit détour par le grand terrain sur lequel les gens ont l'habitude de garer leurs voitures. Mais non, rien à part ces traces sur le sol, seuls vestiges des passages nombreux et réguliers.

Et cette herbe roussie par le soleil et par le feu. Ah oui le feu, on l'avait presque oublié. C'est vrai que lorsqu'on fait les choses par habitude, on oublie les événements ponctuels.
D'ailleurs où sont passées les carcasses, les tôles, le plastique fondu?
Il fait nuit, peut-être sont-elles toujours au fond du terrain, là où elles ont été entreposées, montagne de déchets et seuls souvenirs de ce moment.

Toujours personne sur la place, la fontaine ne marche même pas, il faut dire que sans personne pour l'entretenir, elle a dû geler cet hiver et l'eau doit s'écouler d'une canalisation percée quelque part. Comment peut-on en arriver là?

Des années en arrière lors de son arrivée il se souvient, on le moquait, lui le chétif, le petit, le seul à venir d'ailleurs. Il avait hérité d'une vieille bicoque biscornue au cœur de ces vieilles pierres. Un village si petit qu'il n'apparait pas sur les cartes. Un de ces hameaux où les habitants vivent reclus, entre eux. Il avait essayé de s'intégrer, tous les ans il avait essayé. Mais peine perdue, quand on n'est pas du village on est et on reste un étranger.
Et voilà que l'année dernière, on en vient à le considérer, à lui prêter de l'attention. Il a gagné beaucoup d'argent et il ne s'en cache pas. Après tout pourquoi avoir honte?
Une jeunette du village lui montre même de l'intérêt, elle est belle, juvénile, une beauté fragile. Sa poitrine menue pointe sous ses jupes légères et il n'en faut pas plus pour éveiller son désir.

Un soir ils sont seuls, le village est réuni dans l'église pour l'une de leur sempiternelle réunion à huis clos. Il n'a jamais pu y assister, mais cette année la jeunette reste avec lui. Il lui fait un peu la cour, lui cueille quelques fleurs champêtres et lui déclame quelques vers. Elle sourit, mais elle semble timide. Il lui tient la main, elle ne l'a pas repoussé. Et puis il s'arrête, se tourne vers elle et prend sa main entre ses doigts. Il approche son visage pour l'embrasser mais elle le repousse. Il tient son poignet fermement, qui pourrait lui en vouloir. Elle lui a laissé comprendre ce qu'elle veut, même si elle ne l'a pas dit. Il la presse contre lui, son corps tremble. Elle a peur. Elle essaye de le frapper, mais il est bien plus fort qu'il n'en a l'air. Alors il la renverse en arrière, il ne fait pas attention au bruit que fait son crane en heurtant le sol. Elle ne bouge plus, c'est qu'elle doit avoir changé d'avis, elle semble offerte, alors il l'honore, de tout son corps, de toute son envie.

Ce sont les cris des gens du village qui le sorte de sa torpeur, il se lève rapidement, le pantalon sur les chevilles, il se rhabille, il a beau leur expliquer que c'est elle qui a demandé, personne ne l'écoute. Ils hurlent sur lui, ils le menacent. Heureusement qu'il porte une arme, l'argent amène les problèmes lui a-t-on dit. Et on avait raison. Ils parlent de prison, ils veulent lui faire du mal, alors il règle le problème, froidement, calmement. Chaque détonation crève le silence des collines, des oiseaux s'envolent affolés. Puis le calme revient enfin. Ils sont allongés comme des poupées sanguinolentes. Il les traine jusqu'à leurs voitures là-bas sur le grand terrain puis met le feu. Il fait bon près du brasier, le rougeoiement l'apaise, il se sent bien. Lorsque tout est fini, il nettoie les traces, personne ne vient ici à part lui. Il va ranger ses affaires, il se prépare à partir, il a hâte de revenir l'année prochaine et de les retrouver. Peut-être enfin vont-ils finir par le considérer comme un des leurs, un membre du village à part entière…

mercredi 14 novembre 2012

Doit on appartenir à un genre littéraire

On le voit tous les jours ou presque dans les domaines "artistiques", une fois posé l'étiquette d'un genre difficile de s'en sortir.
Lorsqu'un acteur étiqueté comique fait du dramatique on salue la performance, dès qu'un chanteur lyrique fait dans la pop aussi, mais certaines autres transgression ne donnent pas les mêmes résultats.
Peut-on tout à la fois écrire des poèmes, de la prose, écrire de la science-fiction, de la littérature enfantine, de l'érotisme et y arriver dans chacune de ces différentes catégories d'écriture?

Ma foi la réponse est oui, il est clair que l'on ne peut exceller en tout, et que certains genres sont plus pointilleux que d'autres, voir même techniquement difficiles à aborder si l'on veut être touche à tout.
Mais doit-on pour autant se "spécialiser" dans un domaine particulier sous prétexte que l'on a plus de facilité à l'écrire ou que l'on a l'impression que ce sont ces textes-là qui plaisent le plus?
Ecrire c'est comme chanter, ou jouer d'un instrument, il y a forcément un style particulier que l'on préfère et où l'on prend le plus de plaisir, et ça se voit.
Mais se laisser enfermer dans ce genre c'est aussi se priver du reste. Petit à petit on perd des morceaux de soi que l'on n'arrive plus à exprimer et qui finissent par complètement bloquer l'inspiration du reste.

Oui je crois qu'on peut et même que l'on doit toucher à tous les genres, intellectuellement parlant déjà, pour apprendre, pour comprendre, découvrir et continuer à évoluer.
Ce sont parfois grâce aux ateliers d'écriture que l'on y arrive, parce qu'ils nous forcent à aller là où nous n'allons pas spontanément.
Et puis c'est une gymnastique intellectuelle enrichissante que de tenter de trouver en soi de nouvelles manières de s'exprimer, de faire partager des choses.
D'ailleurs on peut toucher à plusieurs genres littéraires et pour autant garder un style particulier, voir singulier. J'encourage tous les artistes quels qu'ils soient à faire des incartades régulières ou irrégulières dans d'autres univers, parce que de la différence nait la richesse.

Et pour répondre à la question originale de ce billet, non je ne crois pas qu'on doive appartenir à un genre en particulier, même si on peut préférer voir privilégier un genre en particulier.